Description
"Je me suis proposé de réunir, tous les jours ou de temps en temps des curieux récits et des poésies de moi ou des autres pour définir ce que je ressens et dans l’espoir secret de divertir mes contemporains".
Education
Etudes secondaires gréco-latine au Collège Saint-Servais de Liège et Université de Liège (Ulg) en Philosophie et Lettres
Experience
Ecriture, raconteur d'histoires et poètes depuis l'âge de 14 ans. J'écris par besoin, parce que j'ai quelque chose à dire, tant mieux si d'autres s'y intéressent et si un hypothétique succès vient. Pour certains, c'est rapide, pour d'autres comme pour Stendhal cela a pris cinquante ans.
Influence
Georges Simenon ; récits dans lesquels le lecteur peut se retrouver.
Ses textes (1)
GEORGES MAILLY Ce soir-là, je remerciai Georges Mailly d’avoir fait appel à moi, bien que je ne l’aie jamais rencontré auparavant et me demandais à quel sujet cet érudit vieillard souhaitait m’entretenir. Ce ne pouvait être important, m’étais-je dit, étan
Témoignage | PhilosophieParChristian Jean Collard le 29/09/2011 à 13:06
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- Christian Jean Collard a créé le club Georges Simenon
- le 29/09/2011 à 13:27
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- Christian Jean Collard a publié le document GEORGES MAILLY Ce soir-là, je remerciai Georges Mailly d’avoir fait appel à moi, bien que je ne l’aie jamais rencontré auparavant et me demandais à quel sujet cet érudit vieillard souhaitait m’entretenir. Ce ne pouvait être important, m’étais-je dit, étant donné le savoir confirmé du grand homme en face de mes modestes aptitudes en ce qui concernait l’art de la conversation. La secrétaire du grand homme avait téléphoné chez moi, alors que j’étais absent et il s’en fallu de bien peu pour que nous rencontrâmes jamais. J’oubliai mon téléphone portable sur ma table de travail et je ne réalisai mon étourderie que rentré, tard dans la soirée. Il était trop tard pour appeler son secrétariat et, le lendemain, il était visiblement trop tôt. Personne aujourd’hui n’est assez stupide pour se lever à 6 h et s’en aller se promener sur le boulevard la pipe aux coins des lèvres. Sauf moi. Ce fut dans une rue de Liège que je trouvai une grande maison bourgeoise de style Renaissance, comme il en subsiste encore dans la Cité. La secrétaire de Georges Mailly et moi avions pris rendez-vous pour un entretient privé à 20 h 30. Le jour n’était pas encore tombé, le ciel était d’une couleur arc-en-ciel, le vent quelque peu frais. La rue était petite et exigüe, à la fois pauvre et digne ; la maison de Mailly contrastait heureusement avec les autres façades en brique miteuses à deux étages. Sur la maison d’angle, une plaque de cuivre où il était inscrit en lettres noires : GEORGES MAILLY. Je ne fus pas surpris qu’une bonne m’ouvrît la porte et m’annonçât, bien que ces gens de maisons ne se rencontrassent plus à notre époque. J’entrai dans un vaste intérieur dont on ne peut soupçonner l’existence du dehors. Une lampe à l'abat-jour baissé laissait vaguement apercevoir un mobilier où l'acajou se mêlait à des objets d'art, à des glaces sculptées, et qui, enseveli dans la pénombre, avait l'apparence du mobilier d'un bourgeois du XVIIIème siècle, si on ne remarquait dans un coin la présence d’un meuble de télévision et d’une chaine Hautefidélité, lesquels contrastaient à souhait avec un secrétaire, une table de travail et un fauteuil en tapisserie. La femme de l'historien, une femme au visage à la fois sérieux et jeune, se tenait sur une chaise à côté du bureau où se trouvait la lampe ; le dos à la fenêtre, dans la pose un peu rigide d'une institutrice asseyant de se faire obéir. Mailly était assis au milieu d'un canapé de velours vert, calé par des coussins. L’historien resplendissait, comme sa vie même, quand il dévoile toute la bassesse de la société. Son visage représente, une demi-nuit, rien qu’une ombre, avec autour la neige de longs cheveux blancs, une ombre d’où sort une voix professorale, sonore, roulante, chantante, et se rengorgement grave. Il me parle avec une haute estime de certains blogs, bien qu’il ne possédât pas d’ordinateur ni de téléphone portale. Pour un peu, à le voir, on croirait qu’il écrit toujours à la plume et qu’il est coupé du monde. Ce serait mal le connaitre. S’il écrit à la main, il avoue que personne au monde ne pourrait déchiffrer son écriture : sauf sa secrétaire, Mlle Blanche. « Une sainte femme », déclara-t-il. La cadence de sa production littéraire dépassait l’imagination. Le mois dernier, cinq romans, pensés et puisés dans ses notes, ont été salués par la presse et par les médias. Il ne se formalise pas sur ce que l’on dit sur son compte, en bien ou en mal. Lorsque la presse écrit : « Ce n’est pas le meilleur roman que Mailly nous ait présenté cette année… Serait-il fatigué ? » Cela ne l'inquiète point ! Il réagirait peut-être, s’il connaissait les critiques. Elles ne lui parviennent que de temps en temps, par Mlle Blanche, qui analyse chaque matin ce que la presse déclare. Encore faut-il qu’il accepte de se moquer de lui-même comme de ceux qui n’ont jamais écrits que dans un journal pour ironiser sur ces propos. Il ne faudrait pas le déranger avec ces sornettes quand il est « entré en roman ». Il raconte et passe à l'histoire si intéressante qui manque à l'histoire du mobilier liégeois. Alors, il m’esquisse, comme en des devis de poète, le logis à la liégeoise. Il parle avec abondance de ce style dont les jeunes n’ont plus souvenance ou n’en ont jamais eu connaissance. C’est un Belge, un Wallon. Il connait son Histoire. En tout cas, celle de la Principauté liégeoise et celle de Liège. Lorsque je lui demandai : « Et Paris ? », il me répondit, l’air étonné par cette question : « Qu’ai-je à faire à Paris ? Ai-je des intérêts dans cette ville ? Les monuments qui décorent ma ville y sont-ils représentés ? Que ceux qui veulent connaitre Paris l’apprenne, soit, mais qu’ils sachent d’abord l’Histoire de leur pays d’origine ! » Mailly nous parle de l’Histoire française. Des Français. Il a connaissance de ce pays. Un grand pays, déclare-il ironique, mais pauvre ! Autrefois, Paris était Paris, certes, aujourd’hui, elle n’est plus qu’un point minuscule sur la carte de l'Europe où tout un petit troupeau se dispute des portefeuilles. La France, la vraie, est celle des faubourgs et des départements dont on ne parle jamais… Quand il prétend que la France est pauvre, il le pense réellement et, allumant un nouveau cigare, il me dit : « Regardez, on parle aussi beaucoup des États-Unis d’Amérique. Jadis, l’Amérique était un pays fertile, les étrangers venaient y travailler et ils contribuèrent à son essor. Elle fut le Nouveau Monde, puis on lui attribua le nom de nation la plus puissante du monde : ce qui est faux ! Lorsqu’on parle de l’Amérique, on pense Maison Blanche, Panthéon, New York, 11 Septembre : on ne parle pas des États pauvres ; quand on parle de la France, on pense Paris, la Tour Eiffel, les Invalides, l’Arc de triomphe : on ignore le reste ! » Il ajouta soudain avec une sorte de dégout : « On dirait que la pauvreté n’existe pas ! Qui en parle et quand ? Aux élections présidentielles ! Tout au moins, on en parle avant, parce que après…» Madame Mailly ne parlait pas et restait assise sur sa chaise comme une personne en visite. Je n’entendis sa voix qu’à mon entrée, quand elle m’a salué. Mailly me parle de Liège avec délicatesse et nostalgie. Ici aussi, autrefois, c’était le « grand Liège », avec ses monuments aux belles fresques, ses grands escaliers bien propres, ses lieux privilégiés où l’on dansait en tenue de soirée. Que reste-t-il de tout cela ? On essaya bien de rénover le Palais des Princes-Évêques, encore faut-il ne pas aller jeter un coup d’œil dans la cour. La propreté y est absente. Le plus grand magasin de la ville a disparu depuis longtemps et, lui aussi, a été rafraichi ; à présent, la devanture de cet immeuble, autrefois à la façade noble inspirée d’un pays voisin, est en chrome. C'est un super marché moderne. Le Perron liégeois, emblème de la ville, est toujours debout, intacte ; une rénovation serait peut-être indispensable à présent. L’Histoire de la Principauté réside pour beaucoup dans ses musées où seuls les touristes se rendent encore avec assiduité. Cependant, il est navrant que tout liégeois connaisse le musée Grévin et ignore les merveilles des musées wallons. « Vous qui êtes un observateur, monsieur, vous écrirez l’histoire du peuple, d’abord, si bien représenté dans les petites ruelles de Liège ; vous écrirez les choses curieuses et importantes qui, tout comme dans d’autres pays et d’autres villes, sont relatives à la domesticité ; vous parlerez, je l’espère, des hommes d’esprit qui ont peuplé notre ville… « Les grandes choses des temps anciens saisissent moins, elles échappent… On ne voit pas l’intérêt de se promener dans les Ardennes ni à la Côte Belge, on préfère les climats des pays soi-disant enchanteurs… D’un chemin de fer, on n’aperçoit qu’une locomotive qui passe… Et tous les autres chemins ? Oui, les choses de ce temps, on n'en voit pas la longueur ! Un moment de rêverie, au bout de laquelle Mailly reprend : — Je traversais l’autre jour l’Ardenne belge, d’est en ouest, en début juillet… Il y avait des trottoirs dans la campagne, une herbe aussi bien tenue que le trottoir, et le long des vaches qui paissaient… Oh ! une chose bien singulière ! Là, un silence, et la causerie repart : — Avez-vous remarqué qu’il est rare, aujourd’hui, que les hommes célèbres ressemblent à leur physionomie ? Voyez leurs portraits et leurs photographies… Je ne vois plus de beaux portraits… Les gens remarquables ne se distinguent plus… « Beaucoup d’artistes n’ont pas de caractéristiques ou alors elles sont pâles… En ces temps, les accumulations sont nombreuses, chez les hommes. Beaucoup plus qu’autrefois ! Nous contenons tous plus des autres, et alors, contenant plus des autres, notre physionomie ne nous ressemble plus ! Nos portraits appartiennent plutôt à une collectivité qu’à nous-mêmes, parce que, d’une part, la vie sociale s’accorde mal avec les fortes originalités, et que, d’autre part, les échanges intellectuels sont plus nombreux… Mailly remua, comme ça, de hautes idées pendant près d’une demi-heure. Quand je me levai, il me reconduisit jusqu’à la porte, à petits pas. Alors, dans la lumière d’un vieux lustre, m’apparut, une seconde, ce prodigieux historien de rêve, ce grand somnambule du passé, cet original causeur ; et, souriant avec de grandes dents de mort et deux yeux clairs, j'observai un vieillard de petite taille, ayant l’air d’un petit rentier rageur, la joue balayée de longs cheveux blancs. Christian Jean Collard,-
- le 29/09/2011 à 13:06
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- le 25/08/2011 à 16:01



