Acte 1 - La vie au Phare - extrait 1

Jeunesse - Autre

Christophe Thierry - Ajouté le 04/02/2012 à 16:39

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    Acte 1 - La vie au Phare - Extrai 1

     

    Les premiers rayons de soleil emplissaient le ciel de cette fin de printemps de traînées roses et orangées. Filtrant par les interstices des volets de la chambre de Céline, ils s’installèrent dans la pièce, zébrant les murs de bandes claires.

    La jeune fille ouvrit les yeux en bâillant, s’étirant de tout son long, le corps et l’esprit encore engourdis de sommeil. Comme chaque jour, elle se réveillait en même temps que le soleil. Elle n’avait nullement besoin d’un réveil pour sortir de ses rêves. Bien qu’il y ait ici quelques cadrans indiquant l’heure, il était rare que l’on porte un regard sur ces choses affublées de chiffres et d’aiguilles. On mesurait le temps avec les notions de jour et de nuit, et le rythme des saisons qui passaient comme partout ailleurs.

    Céline sauta hors du lit. Il lui arrivait parfois d’y traîner ; essentiellement lorsqu’elle avait besoin de réfléchir à telle ou telle chose. C’était étendue, les doigts croisés sur le ventre, ses pouces tapant l’un contre l’autre et les yeux fixant le plafond, qu’elle était la plus apte à faire avancer sa réflexion.

    Son frère et sa sœur, les cadets, occupaient la chambre contiguë à la sienne.

    Avant de refermer la porte communicante entrebâillée, elle s’assura qu’ils dormaient à poings fermés.

    Elle alla ensuite ouvrir les volets afin de s’imprégner de la fraîcheur vivifiante. Elle contempla la beauté du jour naissant, penchée à la fenêtre lui offrant une vue imprenable depuis l’étage supérieur où elle se trouvait. Malgré la hauteur faramineuse du phare, seule son extrémité était habitée, se découpant en plusieurs étages.

     

    L’étage supérieur était l’étage principal de vie.

    C’était là que se trouvait la salle principale, la plus vaste de toutes et servant aussi bien de salle à manger que de salon ou d’espace de jeux. Il y avait aussi la grande cuisine et toutes les chambres à coucher. Céline dormait de plus en plus souvent dans celle de ses parents. Elle la gardait fermée à clé lorsqu’elle ne s’y trouvait pas ; pour empêcher les deux petits de venir y mettre du désordre. Cette chambre était attenante à un bureau : le bureau de son père. L’étage comprenait aussi une salle de bain immense équipée d’une baignoire royale et de douches, ainsi que des toilettes.

    En dessous de l’étage supérieur, se trouvait l’étage intermédiaire.

    Celui-ci était tout simplement un garde-manger d’envergure puisque se trouvaient ici plusieurs chambres froides aux dimensions impressionnantes et contenant assez de provisions pour subvenir aux besoins d’un régiment de cavalerie. Sans oublier les immenses placards renfermant les denrées n’ayant pas besoin d’être stockées au froid, ainsi que tous les produits non alimentaires.

    Le ravitaillement du phare s’effectuait une fois par an, en début d’année, par l’intermédiaire d’un petit cargo venant spécialement jusqu’ici dans ce but.

    En dessous de l’étage intermédiaire, il y avait le jardin.

    C’était un niveau entièrement aménagé en verger, potager et, bien évidemment, en jardin ; le seul étage ayant une hauteur de plafond supérieure à tous les autres. Les vergers et potagers du jardin permettaient d’accentuer l’autonomie du phare, car ils représentaient un aspect non négligeable en ce qui concernait la capacité de ses habitants à subvenir à leur besoins alimentaires dans une assez grande proportion.

    Puis il y avait l’étage d’en dessous. L’étage inférieur.

    Celui-ci faisait office de débarras grandiose et anarchique puisque se trouvaient entassées là toutes sortes de choses. Il y avait une multitude d’étagères où étaient entreposés des tas d’objets dont la plupart des gens ne sauraient dire à quoi ils pouvaient bien servir. Et bien d’autres encore encombrant le plancher en des montagnes aux cimes étonnantes.

    En observant tout ce qui se trouvait ici, la seule conclusion pouvant s’imposer était que l’on avait probablement réuni en ce lieu un exemplaire de chacune des choses matérielles pouvant exister de par le monde. Ceci n’était pas uniquement le fait des occupants actuels de l’édifice. La plupart des objets entreposés ici l’avaient été bien avant la venue de Céline et sa famille, vraisemblablement par de très anciens occupants des lieux. Comme si chacun avait apporté sa petite contribution à cet amoncellement aussi inattendu qu’hétéroclite.

    Cet étage d’apparence secondaire abritait cependant un endroit crucial puisque renfermant le cœur même de l’édifice. Son cœur et son cerveau.

    C’était dans une pièce circulaire d’environ dix mètres de diamètre et placée au centre de l’étage que se situaient toutes les machines régissant le bon fonctionnement de la tour. Il y avait là des turbines et autres compresseurs alimentant des générateurs qui créaient ainsi de l’électricité en permanence. Les turbines étaient elles-même mues par un système hydraulique s’enfonçant jusque dans la mer glaciale où les profonds courants faisaient tourner plusieurs hélices pourvues de pales géantes. L’électricité était la seule source d’énergie utilisée dans tout l’édifice, également stockée au moyen de supercondensateurs permettant de disposer de bonnes réserves. Le phare était de fait paré à toute éventualité. Cette même pièce renfermait les systèmes de pompage et de filtrage faisant remonter l’eau de mer pour la transformer en eau douce à profusion.

    Cette vaste salle circulaire, fermée par une massive porte blindée sur laquelle un panneau d’aspect usé portait la mention « Machinerie », comportait en outre une petite pièce fermée par une autre porte sur laquelle on pouvait lire « Contrôle ». Cette porte donnait, comme son nom l’indiquait, sur la salle de contrôle.

    Au-dessus de tous ces étages, juste au-dessus de l’étage supérieur, se trouvait la salle de la lampe. La raison même de l’existence du phare. Céline décida d’y monter.

    Pour ce faire, il lui fallait emprunter l’escalier courant le long du mur circulaire.

     

    Après avoir récupéré le trousseau de clés contenant celle permettant d’ouvrir la trappe du plafond de l’étage supérieur, elle gravit les marches l’emmenant dans la pièce surplombant l’édifice.

    La totalité des parois de la salle de la lampe étaient faites d’un verre particulier amplifiant les puissants faisceaux lumineux émanant du phare et pouvant de fait être vus à plusieurs milliers de kilomètres à la ronde. Toutes ces parois formaient une cloche abritant le foyer ; le complexe dispositif. Une porte, de verre également, permettait de passer à l’extérieur, sur la coursive surplombée d’une rambarde métallique ceinturant la cloche cristalline.

    La jeune fille observa le complexe foyer bardé de sa multitude d’ampoules. Disposé au beau milieu de la pièce et s’élevant jusqu’au sommet de la cloche, il était éteint.

    Ce n’était en aucun cas parce qu’il servait à éclairer la route des voyageurs passant de nuit dans le périmètre de contrôle du phare mais simplement parce qu’il n’était absolument pas destiné à cela. Sa fonction était de transmettre des informations.

     

    Céline déverrouilla la porte et alla faire un tour sur la coursive. Il y avait du vent, un vent frais à cette heure toute matinale. Elle s’accouda à la rambarde, le regard perdu au loin.

    Comment ne pas se sentir en communion totale avec la nature lorsqu’on se trouvait si près du ciel, avec absolument rien pour troubler ou altérer ce sentiment de plénitude ?

    Ici, elle avait l’impression d’être la reine de tous les royaumes pouvant exister ; la reine au sommet de la plus haute tour de son château, profitant de son légitime privilège d’accéder à ce lieu réservé où nul autre n’avait le droit de se trouver. Elle en éprouva un grand sentiment de liberté. Sentiment tout de même assez paradoxal puisqu’elle n’avait pu depuis des années mettre un seul pied hors du phare. Les limites de son monde s’arrêtaient aux murs tellement blancs de l’édifice.

    La vue d’ici était plutôt impressionnante. Hormis le ciel, il n’y avait rien. Même en plein jour et par temps clair, on ne pouvait rien distinguer d’autre que les cieux, se déployant aussi loin que le regard pouvait s’enfuir.

    La jeune fille se pencha au dessus de la rambarde. Elle distingua au loin en contrebas une mer de coton. Cela semblait être des nuages ; ce fut toutefois difficile à affirmer à une telle distance. La colonne blanche du phare allait se perdre dans cette mer soyeuse où on ne la distinguait plus, ce qui laissait imaginer la hauteur vertigineuse de cette tour solitaire.

     

    Enfin elle se décida à redescendre et faire un brin de toilette avant d’aller réveiller son frère et sa sœur. Céline était âgée de treize ans.

    Elle portait ses cheveux châtain foncé plutôt courts. Une coupe au carré qu’elle prenait soin d’entretenir elle-même avec assez de réussite, il fallait bien le reconnaître. Ses yeux clairs, un mélange de gris et de bleu, étaient remplis de curiosité et reflétaient sa vivacité d’esprit. Ses pommettes saillantes, son petit nez au bout retroussé et sa bouche toujours expressive achevaient de faire d’elle une jolie petite frimousse qu’elle contemplait parfois longuement dans un miroir.

    Elle était l’aînée de la fratrie, son frère Jacques ayant huit ans et demi, et sa petite sœur, Cassandra, quatre ans. Les deux cadets avaient les yeux de la même couleur que leur grande sœur. Peut-être un peu plus foncés en ce qui concernait Jacques.

     

    Cassandra était née ici, au phare. C’était la seule des trois enfants qui l’ait été. Cela avait été pour Céline un événement profondément marquant : elle avait aidé son père à accoucher sa mère. Non pas qu’elle ait directement assisté à l’accouchement, mais elle avait joué les infirmières, secondant son père, lui portant bassines d’eau chaude, linges propres et tout ce qu’il fallait pour que cela se passe le mieux possible. Et, Dieu merci, il en avait été ainsi.

    La belle Cassandra était venue au monde dans de très bonnes conditions et avait été un bébé vraiment magnifique. Du reste elle l’était toujours, avec son visage poupin aux grands yeux si expressifs entourés d’une cascade de cheveux clairs.

    La simple évocation de ces souvenirs ralluma dans le cœur de la jeune fille la flamme du manque, car elle vivait seule ici avec son frère et sa sœur. Leurs parents étaient absents.

    Un beau jour, ils avaient dû partir.

    Céline ne connaissait pas vraiment la raison de ce départ pour le moins mystérieux. Ses parents lui avaient donné une explication plus ou moins vague, lui précisant surtout qu’elle devenait, vu qu’elle était l’aînée, le chef de famille durant leur absence. C’était par conséquent à elle de prendre soin des deux petits.

    « Nous serons de retour dans une quinzaine de jours », lui avaient-ils assuré.

    Cela faisait presque trois mois maintenant.

    Elle savait bien qu’ils avaient pu être retardés pour une raison quelconque, mais les délais raisonnables de retard avaient maintenant largement été dépassés. Il y avait autre chose. Elle se trouvait cependant dans l’incapacité totale d’informer qui que ce soit de cette inquiétante situation.

    Les deux cadets avaient été autant affectés – si ce n’était plus – que leur grande sœur par ce départ, et tous trois ressentaient cruellement cette absence anormalement prolongée.

    Si Cassandra, du fait de son jeune âge, éprouvait le besoin de lui demander fréquemment « Quand maman et papa vont revenir ? », Jacques restait pour sa part plus discret. Le petit garçon ne montrait en général aucun signe du manque qu’il pouvait éprouver d’eux. Peut être gardait-il tout cela au fond de lui. Peut-être n’avait-il pas envie d’exprimer ses sentiments. Céline trouvait cette attitude d’autant plus étonnante que Jacques n’était pas un garçon au caractère taciturne et renfermé. Elle ne l’avait jamais questionné clairement à ce propos, de peur de déclencher chez lui une tristesse que rien ne saurait effacer. Mais sans doute faudrait-il qu’un jour prochain elle sache vraiment.

     

    Il était grand temps d’aller s’occuper des petits.

    La jeune fille entra dans leur chambre. Elle les trouva tous deux encore endormis dans le grand lit qu’ils partageaient. Les volets ouverts, la lumière inonda la pièce. Quelques grognements animaliers se firent entendre, accompagnés de mouvements. Elle se pencha au dessus du lit et rejeta à leurs pieds le drap et la fine couverture.

    « Allez, debout là-dedans ! » s’écria-t-elle. « C’est l’heure de se lever ! »

    Elle n’eut droit pour toute réponse qu’à quelques grognements supplémentaires pendant que Jacques tentait d’aller chercher d’une main la couverture tout en restant allongé.

    Cassandra n’eut comme réaction visible que de serrer plus fort encore contre son cœur son ours en peluche bleu. Après quelques efforts, les cadets consentirent finalement à quitter leur lit douillet, direction la salle de bain pour un petit brin de toilette. Après ce passage plus ou moins quotidien, la petite troupe se retrouva attablée pour le petit déjeuner : chocolat chaud et croissants avec beurre et confiture. Le lait se présentait sous forme déshydratée à dissoudre dans l’eau.

    Cassandra, assise sur les genoux devant son bol d’eau chaude, insista pour y verser elle-même le sachet de poudre blanchâtre.

    « Non ! » lança-t-elle à sa grande sœur sans quitter des yeux le petit emballage que celle-ci s’apprêtait à déchirer.

    Céline fut stoppée net dans son action.

    « Je veux le faire moi ! » insista la fillette.

    « Tiens alors ! » fit sa grande sœur en lui tendant le sachet.

    Cassandra s’en empara avec un sourire victorieux. Mais ses petits doigts n’étaient pas suffisamment habiles pour le déchirer convenablement ; aussi Céline prit-elle ses petites mains dans les siennes et l’aida à accomplir le geste.

    Le sachet ouvert lui procura autant de joie que si elle avait effectué l’opération toute seule. Elle le retourna alors délicatement au dessus du bol et admira, captivée, la poudre tomber et se diluer dans l’eau avec des effets nuageux. Elle le secoua finalement énergiquement afin de s’assurer qu’il ne reste pas une seule particule n’ayant pas encore rejoint les autres dans le bol. Céline se dépêcha alors d’y verser deux grandes cuillers de chocolat et du sucre.

    « Allez, mélange bien maintenant ! » sourit-elle.

    La fillette s’exécuta et commença à savourer son chocolat chaud.

    Jacques avait préparé tout seul le sien aussitôt que l’eau bouillante avait été versée dans son bol. Il tartina alors un croissant de confiture de fraise, sans oublier de nourrir généreusement la table par la même occasion.

    Céline put enfin s’occuper d’elle. Le petit-déjeuner se passa dans un silence que rien ne vint troubler, à l’exception des quelques mots échangés.

     

Tags :Roman jeunesse/adultes fantastique science-fiction aventures magie

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Commentaires (1)

Coucou-plage_54

fleche

Par aile68 | il y a 4 mois

C'est bien écrit et bien mené. J'attends la suite avec impatience. J'aime les sensations évoquées par le ciel et le vent et puis la mer bien sûr! Merci!

Abus