Barbarismes 3/3

Fiction - Nouvelle

Léo Noël - Ajouté le 02/02/2012 à 15:27

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    Ce soir, Carnivale avait eu une idée, ce serait un spectacle d’anthologie. La lumière s’éteint. Un bruissement attentif, puis la lumière sur le visage de Carnivale.

    « Les cieux se sombrent », déclame-t-il.

    Tonnerre d’applaudissement : la phrase était devenue célèbre.

    « STOP ! tonna Carnivale, Arrêtez-vous malheureux, car ce soir n’est pas un soir comme un autre. La lune est pleine. »

    Ebahissement.

    « La lune est pleine, et nous ne saurions l’ignorer. C’est l’heure des transformations, du déploiement de toutes les folies, des subjugations infinies. Ce soir, vous allez assister au spectacle le plus terrifiant, le plus troublant, le plus cauchemardesque. »

    Lenny, qui regardait la scène en retrait, était lui-même paralysé par la peur.

    « Ce soir, mesdames et messieurs, nos artistes vont réaliser pour vous, des numéros qui ne sont pas les leurs. »

    Pause.

    « Que ressentirez vous lorsque notre bon clown ira dans la cage des lions ? »

    Nouvelle lumière sur le visage de Clown, que lon avait pas vu auparavant. Il claque des dents et ronge ses ongles.

    « Arriverez-vous à soutenir la pression des éléphants, lorsqu’il seront dirigés par les trapézistes ? »

    La phrase était ponctué d’un barrissement inquiétant.

    « Ce soir, vous ne tiendrez pas dans vorte siège, car voici notre numéro de funambule, éxécuté par la dompteuse. Applaudissez, mesdames et messieurs. Applaudissez ! »

    Tonnerre à nouveau. La salle est replongée dans le noir, puis une seule lumière vient éclairer le costume rouge de Françoise, en haut des piliers, prête à commencer sa traversée. La foule retient son souffle lorsqu’elle pose le premier pied. Son pas n’est pas assuré, la grande barre qu’elle tient dans ses bras semble lui peser trop lourd. Un nouveau pas, puis un autre. Elle regarde derrière elle, mais c’est déjà trop tard : marcher à reculons serait encore pire. Stupeur parmi le public. Elle pose un nouveau pied, et d’un coup perd l’équilibre, elle lâche la barre, étend les bras, et parvient à se remettre. Quelques cris ont percé l’audience. La voilà qui, plie les genoux,et fait rebondir son corps comme pour se préparer à un saut. Personne ne veut y croire : la pauvre petite ne saura pas le faire, qu’on la sorte de là, elle risque sa peau. Mais Françoise ne se décourage pas, elle prend un appui fort et s’élance en l’air. Elle tourne, finit le saut périlleux en entier, et retombe les pied sur la corde. Grand sourire au public. Les applaudissements rugissent quand d’un coup, Françoise perd son sourire et disparait de la lumière. Un nouveau cri.

    La lumière est au sol, sur le corps inerte et rouge de Françoise. Le public est silencieux. C’est alors que le jour se fait à nouveau dans le chapiteau. Carnivale porte un grand sourir sur les lèvres. Il laisse le silence faire son effet.

    « Hey hey ! fait Dimitri, pendu à la corde du funambule par un bras, tandis que l’autre se débarrasse du costume rouge qu’il portait auparavant.

    La foule soupire de soulagement, tandis que reprend la musique, que Carnivale s’éclipse, que les lions entrent en piste et que Françoise s’apprête à se relever.

    Un mugissement douloureux se fait entendre. Le visage de Carnivale se décompose. Lenny, qui a tout vu de la scène, ne comprend pas la supercherie. Il se rue sur la piste en pleurant. Sa masse gigantesque fait crier les enfants. Lorsqu’un lion, lui barre le passage, Lenny, qui veut s’assurer de l’état de la dompteuse, lui décoche un coup de poing.

    La représentation avait tourné à la catastrophe. Françoise n’avait pas pu tenir les lions tranquilles, Lenny, s’était battu comme un diable. La foule s’était enfuie en courant et en hurlant, ce qui n’aidait pas à calmer l’ensemble. Carnivale avait tenté d’expliquer que cela faisait parti du spectacle, mais cette fois-ci, personne ne le croyait, pas plus que lui-même. Fort heureusement, personne ne fut blessé, hormis Lenny, qui ne semblait pas ressentir la douleur des crocs des lions, et quelques bêtes qui durent recevoir des soins pendant quelques semaines.

    Monsieur Feydal décida que Lenny devait partir, et que Carnivale devait rester. Ce n’était, bien entendu, pas possible. La troupe fit ses adieux aux deux compères, certains pleurèrent le départ de Carnivale, une seule pleura le départ de Lenny.

    A travers ses larmes, le paysage se transformait, Carnivale paraissait grand, et Lenny minuscule, les herbes semblaient pleurer elles aussi, le vent zigzaguait, et l’aura de Lenny s’était sûrement éteinte devant les regards accusateurs des gens du cirque. C’était à travers les yeux de Françoise que l’on pouvait retrouver Lenny, informe et mou, petite figure de ce qu’il avait été, et lorsqu’il disparut derrière l’horizon, tout redevint plat.

Tags :Barbarismes leo noel monsieur rat

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Commentaires (2)

Bouche-sucettes_54

fleche

Par Mystéria / Karine | il y a 3 mois

j'ai bien aimé le suspens de cet épisode!
merci de m'avoir fait découvrir ton texte!

Abus

368_54

fleche

Par seb365 | il y a 3 mois

c'est un bon moment que j'ai passé avec toi. Mais où sont passés tes barbarismes dans ce dernier épisode?

Abus

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