Chronique d'un homme au 21e siècle

- Nouvelle

Funambule - Ajouté le 26/09/2011 à 00:13

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    Jean se débarassa de son lourd manteau écru, jeta ses clés sur la table basse de l'entrée, et ne se préoccupa pas de la sonnerie du téléphone. Dans un ordre quasi rituel, il se servit d'abord une généreuse tasse de café brûlant, puis porta à ses lèvres une gauloise qu'il alluma à l'aide d'un briquet argenté, pour enfin s'accouder à la fenêtre de son studio parisien du quatrième étage.

    Au-dehors, la neige recouvrait intégralement le paysage urbain. Jean décida de se faire couler un bain chaud pour se réchauffer et se délester du poids de stress accumulé tout au long de la journée. Ainsi fût fait, puis il confectionna avec soin le plateau repas qui serait le seul compagnon à partager sa soirée parmi ses émissions de télévision habituelles : une tranche de pain, un peu d'eau fraîche et 100 grammes de pâtes parfumées d'un bouillon cube et d'une noix de beurre salé satisferaient cet appétit frugal et ce coeur sec.

    Une fois de plus, les ébats nocturnes de ses co-résidents - qu'il méprisait depuis toujours pour leur décadence et leur mièvreries pâteuses - troubla le silence quasi monastique de cette existence monocorde et rompit son sommeil.

    Une fois de plus, il ne supporta pas d'être renvoyé à sa propre solitude et il ne lui fallut que quelques minutes pour tambouriner rageusement à la porte des deux fauteurs de trouble.

    Sa rage ne fut pas récompensée : il demeura pathétique devant une porte définitivement close, et s'en retourna plus lourd de l'aigreur non déversée.

    Depuis longtemps, la réalité du quotidien avait pris le pas sur les rêves du sensible garçon qu'il avait été. Les désillusions de la vie avaient créés des brêches dans lesquels s'étaient désormais engouffrés de l'amertume et du cynisme.

    Comme à son habitude, il céda un peu trop facilement à la boîte de somnifères cachée dans l'armoire à pharmacie - elixir parmi tant d'autres sans lequel il ne parvenait plus à trouver l'apaisement de son âme agitée. La gellule ingurgitée, il plongea instantanément dans un sommeil superficiel.

    De bon matin, lorsqu'il bouscula la voisine de l'étage au croisement d'une rue et lui fit tomber les viennoiseries qu'elle tenait entre les mains, il lui jeta un regard amer, continua sa route mais ne s'excusa pas.

    Elle ramassa ses paquets, ne se défît pas de son sourire angélique, et reprit sa marche légère.

     

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Commentaires (2)

Soleil_54

fleche

Par Hugues Stéphane | il y a 8 mois

J'aime. C'est vrai et direct comme un coup de poing dans le ventre de nos cités grisâtres pleines de tristes Sires. Belle efficacité narrative. Bravo. Continuez.

Abus

8_et_9-10-11__26__54

fleche

Par Mathieu Jaegert | il y a 4 mois

Et joli style ! Merci.

Abus

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