STOP
Je n'ai rien à dire pour ma défense. Je ne suis pas Vous, pas aussi franche, pas aussi claire. Je ne suis que moi simple et horriblement compliquée. Un peu dingue aussi !
Nous sommes en boîte de nuit. Musique techno commerciale que, paradoxalement au jazz ma chère amie, tu apprécies. "No milk today" de Royal Gigolo. C'est nul mais tu danses et j'aime quand tu danses. Pourtant l’Autre est là qui te bouffe, cannibale anthropophage, des yeux. L’Autre qui suinte l'Amour par tous les pores de sa peau. Et elle en est belle L’Autre, de cet amour, belle et fière. Moi je suis engoncée dans une banquette qui a au moins 25 ans de culs assis au même endroit. Je sirote mon Gin Fizz en te regardant animer ton corps. Je t'aime. Simplement. Sans plus ne rien attendre.
Rue enfumée. Une barrière de briques sur laquelle se hissent les étudiants. De l'autre côté les CRS. Elle ne fait que passer. C'est idiot de passer par là à ce moment là. Charge des flics. Je vois la matraque bientôt se fendre sur son dos alors qu’elle court. Je saisis le type par le revers et d'un violent coup de poing lui enfonce la visière au milieu des yeux. Je lui prends la main. Nous cavalons. Porche d'immeuble. Respirations saccadées dans le hall. Elle halète "merci". Je reprends mon souffle. Elle se redresse du mur. Elle approche. Elle est à moins d'un mètre. Elle va parler mais je ne veux pas. La porte s'ouvre brutalement sur 2 matraques braquées par les bras de 2 flics. Alors je la saisis et lui roule la pelle de sa vie. Elle suffoque de surprise. Je murmure "du calme". Mon androgynie nous sert. La porte se referme. Elle fait un pas en arrière. Je sors derrière elle et la regarde s'éloigner dans la brume des fumigènes. Je la suis des yeux jusqu'à ce qu’elle disparaisse dans l'épais brouillard.
Je suis des yeux un nuage.
Je ne la reverrais jamais mais sachez que depuis je m'aime. Ce jour là j'ai fait mon coming-out. Elle a cru être embrassée par un garçon de quinze ans. J'ai embrassé une femme dans un hall d'immeuble, un jour de tempête médiatique. Un étudiant est mort tabassé par des cons. Moi je suis enfin née. Elle est partie troublée.
Je reviens sur la piste de danse. Un slow. L’Autre a calé sa tête dans ton épaule.
Et toi ma Chérie, tu fermes les yeux.
Commentaires (7)
Par koukie | il y a 4 mois
Superbe coming out !!! J'aime beaucoup
Abus
Par théorème | il y a 4 mois
"25 ans de culs assis au même endroit"..." et je suis de yeux un nuage", je déguste les images ! J'aime "cet orage" d'amour !
Abus
Par Mystéria / Karine | il y a 4 mois
c'est très subtil, j'apprécie. il faut s'aimer. soi-même, c'est important. très beau texte!
Abus
Par aglouzab | il y a 4 mois
ouaouh ! Emouvant, sensuel, charmant, tout quoi...
Abus
Par Junon | il y a 4 mois
Une très belle déclaration...
Abus
Par Pascal GERMANAUD | il y a 4 mois
Magnifique! Emouvant! Bravo et bravo !!! CDC
Abus
Par Anne S. Giddey | il y a 3 mois
Un cocktail détonant entre désir et barricades ! J'aime beaucoup, bravo !
Abus