Tu as surgi tout à coup sur la grand-place, ce jour de fête. Le vent qui soufflait fort, balayait la lice, faisant voler de fines particules de sable comme autant de souvenirs épars dans ma mémoire; j'ai volé avec elles...
Je suis un peu étourdie, il me semble avoir reçu un sacré coup sur la tête. Je suis assise par terre, au milieu d'une foule agitée qui court dans tous les sens. Les gens se pressent vers la place. Les sabots des chevaux claquent sur les pavés. Je me relève, arrange un peu mon chignon, puis époussette ma longue robe faite d'étoffes anciennes. Elle est très élégante, chatoyante, elle me sied à ravir. Je m'amuse à la faire tourner, quand soudain, je t'aperçois au coin d'une ruelle, qui m'est d'ailleurs étrangement familière. Tu portes un sceau rempli d'eau. Ton visage est doux et rieur. Les jolis boucles dans tes cheveux châtains te donnent un air enfantin, pourtant tu sembles avoir dépassé la trentaine. Tu parais si gentil que je n'hésite pas plus longtemps à venir te parler.
- Hum ! Excusez-moi ! S'il vous plaît ? Que se passe-t-il donc ici ? Il y a un de ces monde, c'est hallucinant ! On dirait la Cour du Roi Pétaud ! C'est beaucoup plus calme d'habitude.
Tu rétorques joyeusement, après avoir élégamment ôté ton chapeau de feutrine :
- Oh ! Jour, gente damoiselle ! Votre patois est pour le moins surprenant mais vous m'avez l'air d'une bonne âme. Tournoyez un peu que j'admirasse votre séant !
- Voyons quel toupet ! Je ne suis pas venue ici pour me faire reluquer de la sorte ! Je voulais simplement savoir ce que signifiait ce branle-bas de combat, mais ça va aller, merci bien... au revoir !!
- Non, attendez ma belle dame ! Je vous prie d'accepter mes plus plates excuses... c'est justement le combat de Messire Jehan et Jason le Maudit qui se prépare. Ils vont s'affronter en duel pour l'amour de la belle Gwendoline et la bastaille risque fort bien d'être féroce, j'peux vous l'dire ma pucelle ! Oh ! Sainte-Dame, quel coquebert ! Il faut que je me pressâte ! Mon Maître m'attend instamment pour préparer le sortilège afin d'aider Messire Jehan, mais chut ! Pas un mot... allez, à la r'voyure !
Je te regarde t'éloigner et monter la ruelle à grandes enjambées, me laissant seule sur le pavé. Des frissons me glacent subitement le dos. Je te rappelle aussitôt :
- Attendez ! Hé, attendez-moi ! Laissez-moi venir avec vous, s'il vous plaît... je suis perdue, j'ai été assommée par je ne sais quoi et je ne me souviens plus de rien. Je ne sais même plus où j'habite ! Je vous en prie... Regardez ! Dis-je en me retournant et en soulevant ma robe, "je vous laisse même admirer mon séant ! Alors, je peux venir ?"
- Par Sainte-Marie ! C'est d'accord, j'accepte à la condition que vous demeurâtes discrète ! Dis-tu, un peu essouflé.
- Oh mais pas de problème, cela va sans dire ! Au fait, c'est quoi votre petit nom ?
- Hum... Ficelle... et point de raillerie !
J'étouffe un petit ricanement et marche prestement derrière tes pas, dans un dédale de petites rues. Une fillette, assise sur le perron d'une maison, tient dans ses mains un bout de pain rassis; sa robe est sale, ses cheveux décoiffés. Elle me regarde et me sourit. Je vois des étoiles dans ses yeux.
- C'est encore loin ? Eh ! Dites, on ne peut pas s'arrêter un peu ? Ose-je demander après quelques minutes de courses effrénée.
- Je croyais vous avoir dit d'être discrète ! Nous sommes arrivés, rassurez-vous ma chère ! Pas de quoi en faire un chapon ! La maison de mon Maître se trouve juste là, vous voyez, dans cette petite boutique !
- Ouf, il était temps, car je n'en puis plus... Me plains-je encore.
- Attendez-moi ici, je reviens dans moins d'un Pater Noster !
- Un Pater quoi ? C'est long un Pater euh... machin ?
Tu entres discrètement et cette circonspection pique ma curiosité. Je tente alors de jeter un coup d'oeil par les carreaux, mais les rideaux épais m'empêchent de voir à l'intérieur. Le Sorcier semble se fâcher tout à coup. Je l'entends tousser. Je crois que mon pauvre Ficelle se fait passer un savon ! Pour son retard, ou pour ma présence... La porte s'entrouvre doucement, la clochette retentie.
- C'est bon, vous pouvez entrer ! Chuchote mon sauveur.
Je prends soin d'essuyer mes pieds sur le paillasson et me racle la gorge, embarassée, avant de me présenter au vieil homme.
- Bonjour Monsieur le Sorcier, je vous remercie grandement de m'accueillir chez vous et j'avoue que cela me rassure car...
- Cessez un peu de fatrouiller ma pauv' dame, peu m'en chaut ! Rendez-vous donc plutôt utile et passez-moi la fiole qui se trouve sur l'étagère à votre gauche, voulez-vous !
- Ah oui, la fiole ! Celle-ci ?
Je m'empare du récipient bleu et le tend fébrilement au Sorcier, toujours penché sur son manuel. Derrière ses petites lunettes rondes, il parcourt brièvement les pages, puis verse quelques gouttes du précieux liquide dans la marmite bouillante. Je cherche ton regard, comme pour me rassurer. Tu me souris d'un air complice. Je suis apaisée, mais pas pour longtemps, car la réaction ne se fait pas attendre. Aussitôt, une petite explosion se produit et un nuage de fumée bleue envahit toute la pièce.
- Malheur !! Sorceresse ! Vous ne m'avez pas donné la bonne fiole ! C'était la verte qu'il me fallait et non la bleue ! Parbleu ! Il faut tout reprendre !! La potion ne sera jamais prête à temps par votre faute, je le crains.
- Ah ! C'est vrai, je suis un peu gourdasse ! Il fallait bien que je la fasse celle-là ! Je suis vraiment désolée Monsieur le Sorcier, vraiment je...
- Maître ! Ce n'est point grave, que nenni ! Je m'en retourne de ce pas quérir l'eau au puits pour préparer ladite potion et vous la rapporte prestemment !
Je te regarde à nouveau, confuse et affolée. Tu hoches la tête et me tire par la manche, m'entraînant dehors. Je dois bien avouer que je m'attendais à des reproches, des récriminations, mais rien de tout cela. Sans un mot, tu me prends par la main, de l'autre, tu tiens ton sceau vide et nous courons à perdre haleine dans les rues étroites. Mon coeur se serre. Le soleil, haut dans le ciel, fait scintiller des reflets dorés dans tes cheveux, comme des fils d'or. Nous marchons maintenant d'un pas pressé. J'observe ton profil. Ton nez, légèrement retroussé, te donne un air mutin. Tu m'attendris. J'ai soudain envie de me jeter dans tes bras. Tu me souris encore et serres ma main plus fort. Il fait si chaud, j'ai de plus en plus soif. Tu me tends alors ton outre et me propose gentiment ta vinasse. Elle est un peu tiède mais je suis tellement assoiffée que j'en bois tout de même quelques gorgées, à contre-coeur, mais sans te le montrer. Tout-à-coup, un faucon rase ma tête de près. Il s'en fallut de peu pour qu'il ne plante ses larges griffes dans mon outre et ne s'en empare ! Je suis abasourdie, toi, tu n'as pas l'air étonné. Il étend ses ailes dans le ciel. Son oeil vif a repéré un autre festin, il pique vers l'église. Ton visage s'assombri. Inquiet, tu décides de le suivre. Nous arrivons alors enfin, sur la grand-place. Les badauds s'entassent devant la lice où les deux chevaliers se préparent au combat.
- Morbleu, c'est bien ce que je craignais... Messire Jehan s'apprête à gerroyer et point de sortilège pour le sortir de ce mauvais pas ! Je n'y puis rien faire, pauvre Sir Jehan, que Notre Dame le garde...
Les cloches sonnent le glas. Des murmures s'élèvent peu à peu de la foule. Devant nous le hérault déroule lentement son parchemin et proclame solennellement le début du tournoi. Alors, surgit de nulle part, Jason le Maudit arbore fièrement son blason noir. Son écuyer nargue la foule en jetant, ça et là, quelques bouquets de fleurs à ces gentes damoiselles. Un bouquet de violettes tombe à mes pieds. Tu hésites, un peu gauche, puis le ramasse et me l'offre timidement. Au premier rang, dans la tribune, la belle princesse Gwendoline envoie quelques doux baisers à son preux chevalier Jehan, qui arrive majestueux sous son armure. Il brandit sa lance avec fougue.
- Le vainqueur de cette joute obtiendra les faveurs de la belle... m'expliques-tu songeur.
- Les faveurs ? C'est à dire ? Alors, expliquez-moi, c'est pour ma connaissance...
- Et bien, chère amie, les bonnes grâces ! Enfin, comment vous dire... le vainqueur pourra honorer la gente princesse selon son bon vouloir et l'épousailler voilà !
- Ah oui, je comprends... et quel supplice que d'épouser le cruel Jason ! Pauvre princesse...
Le duel commence, les chevaux s'élancent de part et d'autre de la lice. En chevalier émérite, Jehan a touché avec force habileté l'écu du maudit Jason. Il est acclamé glorieusement par la populace. Ton visage s'illumine alors, tu parais rassuré.
- Ainsi pour résumer, si j'ai bien compris, il faudrait donc que le gentil chevalier triomphe avec tous les honneurs, qu'il emporte la charmante princesse sur son beau destrier et... comment on dit déjà ? Ah oui, ils vécurent heureux et tout l' tra là là... c'est comme ça dans les contes de fées, non ?
Tu me regardes un peu surpris et demeure interdit. Je poursuis donc :
- Dites, vous croyez au coup de foudre, vous ?
- Oh, je ne sais point... un coup de tonnerre au derrière, ça doit rechaudir assurément !
- Mais non, je ne parlais pas de ça ! Je veux dire le grand Amour, l'amour avec un grand A... celui qui, au premier regard, vous fait dire que c'est elle, la femme de votre vie et pas une autre ! Celle que vous attendiez depuis des lustres et que vous désespériez de ne pas trouver et peut-être même dont vous n'envisagiez même plus l'existence ! Enfin, l'amour plus fort que tout, que la vie, que la mort, c'est toi et moi, nous deux, à jamais, enfin...
- Vous m'amusez fort bien ma chère, même si je ne comprends goutte à votre charabia ! Me réponds-tu d'un air déconcerté.
Je baisse la tête, déçue, je croyais pourtant avoir été claire... C'est alors que, dans un élan, tu me prends par la taille et pose délicatement un baiser sur ma joue écarlate. Devant nous, le combat se poursuit avec plus de hargne. Malheureusement, le chevalier Jehan semble en difficulté. Jason le Maudit a repris la main et ses coups, portés sans vergogne, atteignent leur cible. Tu es soucieux, le pire est à craindre. Nous nous frayons un chemin parmi les badauds pour suivre le combat de plus près. Tu frémis en voyant les écuyers s'emparer des longues épées à deux tranchants. Un dragon menaçant est sculpté sur l'arme de Jason, tandis que celle de Jehan est incrustée de joyaux.
- ça puire la mortaille !! Je vais tomber en pâmoison ! Ce serait bien par ma faute si le malheureux Sir Jehan venait à trépasser ! Le sortilège de mon Maître devait plonger le méchant Jason dans un profond sommeil "ad vitam aeternam", mais je ne me suis pas assez pressé ! Quel sot !!
- Non, ne dites pas cela, ce n'est pas de votre faute mais de la mienne, vous le savez bien ! Sans ma bourde, le chevalier Jehan savourerait déjà sa victoire dans les bras de sa belle à l'heure qu'il est ! Vous n'y êtes pour rien, rassurez-vous... dis-je, en caressant ta joue.
- Tout de même, il faut faire quelque chose ! Attendez, il me vient soudainement une idée ! Ma douce amie, voulez-vous bien me trouver un bout de cochonaille ou toutes autres victuailles ! Allez dans cette direction et moi par-là... enfin, surtout ne faites pas long séjour et revenez vite !
- D'accord ! Mais... attendez ?! Pourquoi de la cochonaille ? Un petit creux soudain ? Je ne vois pas en quoi une bonne pitance va sauver notre pauvre Jehan ?
- Mais non, ce n'est point pour le mangailler ! Dès que vous aurez trouvé quelques ripailles, jetez-les sur Jason le Maudit. Croyez-moi, la vie du beau chevalier ne tient qu'à un cuissot de poularde !
Je pars de mon côté, vers le nord, ou le sud, peut-être même l'est; je ne sais pas très bien où je suis, ni même ce que je fais là d'ailleurs. Bon, du poulet, il faut que je trouve du poulet, si j'ai bien compris, et ensuite il faut que je jette ma cuisse de poulet sur le méchant Jason ! Si une cuisse de poulet vaut mieux qu'une épée tranchante, alors pourquoi pas, après tout... mais si c'est du gigot ? Oh, qu'est-ce qu'il m'a dit ? Je ne me rappelle plus... C'est étrange, mais je me sens soudainement ridicule. J'arpente les rues, obsédée par la nourriture, pendant que le valeureux chevalier risque sa vie à chaque coup d'épée. Malheureusement, au bout d'une demi-heure, il faut bien me rendre à l'évidence : pas la moindre subsistance à l'horizon. Je vais devoir revenir bredouille et le pauvre Jehan va mourir... Soudain, je me souviens de cette petite fille, sur le perron de sa maison. Elle tenait un bout de main entre ses petites mains. Peut-être, si je lui explique que c'est pour sauver un beau chevalier, acceptera-t-elle de m'en faire grâce ? Je rebrousse donc chemin, en tentant de me souvenir du nom de la rue. La ruelle Saint-Lubin... il me semble que c'est par là. Je descends la ruelle. A mon grand soulagement, j'aperçois la fillette. Son bout de pain a disparu, elle vient de le glisser dans la poche de sa robe. Je lui propose alors un échange : son vieux pain rassis contre mon pendentif en fer à cheval doré. Elle accepte aussitôt ma camelote, je repars ravie et pleine d'espoir pour le sort du chevalier Jehan. Je m'en vais rejoindre Ficelle. Mon coeur s'accélère à cette pensée, j'ai hâte de le retrouver. Mais toutes ces émotions m'ont finalement ouvert l'appétit. Des images de rôtis fumants et de dindes farcies hantent mon esprit et font gronder mon estomac. Je rêve d'une francherepue. Peu à peu, je sens la tentation monter en moi et celle-ci est bientôt trop forte pour y résister. Je plante furieusement mes dents dans le morceau de pain sec et l'avale tout entier. Mon estomac est comblé, mais ma raison est dépitée. Que vais-je dire à Ficelle ? J'arrive enfin sur le parvis de l'église et cherche, parmi les chapeaux de feutrine, mon compagnon de fortune... quand deux grosses poignes agrippent brusquement mon fessier. Je te reconnais aussitôt mon bienfaiteur, et me retiens de t'embrasser.
- Je n'ai rien trouvé à ripailler, Ficelle, je suis vraiment désolée... ose-je mentir, embarrassée.
- Point d'inquiétude ma belle, j'ai un pied de porc ! Observez-bien !
Tu prends alors ton élan et lance de toutes tes forces le bout de viande, vers le blason noir. Un rapace, tournoyant au-dessus de nos têtes, semble avoir répéré sa proie. Il change de direction et plonge tout droit vers Jason le Maudit. Le cheval, apeuré par cet assaut impromptu, se cabre, faisant choir son cavalier. Le peuple, stupéfait, acclame maintenant Messire Jehan, voyant là un signe divin bienveillant. Tu es heureux, tu fais une sorte de guiguedouille pour marquer ta joie. Je t'accompagne de bon coeur, bras-dessus bras-dessous. Jason est à terre. Il grogne, il vocifère quelques injures contre le malheureux faucon qui dévore goulûment son pied de porc. Le preux chevalier Jehan descend de sa monture et tire orgueilleusement sa révérence au vaincu, avant de s'agenouiller devant sa bien-aimée.
C'est fini, je sais que nous devons nous quitter. Ton regard croise le mien pendant quelques secondes, je ne peux le soutenir plus longtemps.
- Oh, mais comme vous me paraissez émue... si j'ai manqué de déférence envers vous, pardonnez-moi cette incartade ! Vous savez, j'aimerais grandement que vous demeuriez ma douce...
Ma gorge se serre, je n'entends plus rien, la place s'est tout à coup vidée, il n'y a plus que toi. Je n'ose plus bouger, je suis pétrifiée; et si tout cela n'était qu'un rêve, mon imagination... pourtant c'est TOI, je le sais, Ficelle.
"Oyé, oyé, brave gens ! Gentes dames et preux Seigneurs ! Notre joyeuse troupe vous remercie, pour cette traditionnelle "Foire aux Laines", d'avoir assisté nombreux à la dernière représentation de notre spectacle de chevalerie "Pour l'amour de Damoiselle Gwendoline" !"
Le spectacle est terminé. Le public applaudit et se lève des gradins. Je reprends mes esprits et me lève aussi. Ta troupe remballe le matériel et déselle les chevaux. Une petite fille, aux cheveux emmêlés par le vent, passe à côté de moi et me sourit. Elle demande d'une voix enjouée à sa mère, en mangeant son pain au chocolat : "Tu crois qu'ils vont revenir l'année prochaine, dis ?"
Le vent qui souffle fort, balaie la lice, faisant voler de fines particules de sable, comme autant d'étoiles éparses dans ma mémoire. Tu as mis le feu à mon âme. Je te regarde une dernière fois....
Quelques jours ont passé, je suis revenue sur le parvis de l'église, désert, juste pour me rappeler. Je t'ai attendu, en tête-à-tête avec mon regret, mon rêve...
FIN
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Commentaires (3)
Par Bibine Poivron | il y a presque 2 ans
Elle est magnifique ton histoire Princesse. Je la scotche avec du ruban adhésif extra strong immédiatement dans mes coups de coeur et je viendrai régulièrement m'abreuver à sa source. Très beau. J'en veux encore... Tu écris si bien. Merci
Abus
Par PrincesseSansDurillon | il y a presque 2 ans
Nouvelle dédiée à ma chère troupe SAGA SCENIE qui enchante mes rêves et comble mon coeur de bonheur chaque année lors de la fête médiévale (et ARMA TEMPORIS, je vous invite d'ailleurs à consulter leurs sites !)
Abus
Par SophieEtJeF | il y a presque 2 ans
Tres belle histoire. Je file sur le site de Saga Scenie.
Abus