Il est des soirs où rien ne va. Des soirs où le blanc devient noir et le noir reste de marbre. On cherche un souffle d'air, mais l'odeur n'est que poussière, la vue n'est que brouillard. On aimerait sortir de ce marasme d'ennui et de peine mais l'on s'y replonge volontiers, affronter l'ennemi n'ayant jamais paru si salvateur qu'aux yeux des névrosés. Depuis l'enfance on nous dit que fuir n'est que lâcheté, qu'il faut savoir faire face.
Alors on fait face, on se cramponne à nos livres, a nos musiques, en espérant vainement qu'un auteur inspiré nous livre thérapie. Et on pleure, mais de pleurs invisibles d'autrui car pleurer apparaît au monde comme une faiblesse. Faiblesse qui pourtant nous définit en tant qu'Homme : nous ne sommes certainement pas fait que d'humour ou de longs discours agréables. Il est des personnes que l'on croit heureuses en permanence, que l'on n'imagine pas vivre de tels moments de solitude. Ces personnes là, on les béni un jour, et puis un autre on les maudit de nous montrer à quel point nous sommes faibles. Faibles de succomber à l'enfer de nos pensées, faibles de succomber à l'irrésistible force nous poussant vers le gouffre sans fin qu'est la solitude. Cette envie, cet échappatoire loin de toutes agitations, où l'on peut enfin retrouver son âme et communier avec elle en toute quiétude.
Qu'il est doux de se retirer de ce monde où l'Homme n'est qu'animal avide de dévorer son prochain. Mais que l'isolement, le temps aidant, alors qu'il nous paraissait si salvateur devient telle drogue qu'il serait euphémisme de la définir additive. On s'attache à être seul, comme on s'attache au sommeil, cet ancestral rempart contre la réalité. Dormir, camarades, dormir, de préférence enfouis sous les draps, c'est le meilleur moyen de lutter contre les spectres qui nous pourchassent. Rêver, ami, rêver, unique possibilité pour nous de vivre ce que le jour nous n'avons pu réaliser.
Commentaires (3)
Par Bibine Poivron | il y a presque 2 ans
Quelle lucidité ! J'aime beaucoup ton style d'écriture.
Abus
Par PrincesseSansDurillon | il y a presque 2 ans
J'adooooooorrrreee !! Rêver, le seul remède qui nous sauvera de cette triste réalité...
Abus
Par eukaryot | il y a presque 2 ans
Se laisser pousser la mèche. Trouver une falaise pour la laisser flotter, tel l'étendard de l'insondable mélancolie frappant le poète entre dix sept et dix neuf heures, juste avant le plateau repas et le grand journal... Hm.
Abus