La voie royale

- Chronique

livrarno - Ajouté le 17/06/2011 à 21:43

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    Pour vivre il fallait travailler. Pour travailler il fallait un diplôme; c'etait le credo mille fois répété, le théorème absolu, le dogme de la famille. Aucune autre voie n'était viable. L'artisanat, les affaires, le monde artistique n'étaient même pas envisageables, domaines inexistants, projets tabous, routes sombres menant droit à l'echec ou tout au moins à une médiocrité certaine...

    C'est ainsi que je vécus... Endoctriné. C'est ainsi que je suivis la voie royale : La branche scientifique dans un bon lycée, maths sup', maths spé', pour aboutir, totalement abandonné au hasard des concours et des sélections dans une école d'ingénieurs bien "cotée".

    Un avenir doré m'était garanti.

    Peu importait que j'aspirais à d'autres destinées, l'essentiel était de décrocher le diplôme et d'entrer dans une valeur sûre du CAC 40.


    Mon drame était que je n'excellais pas aux niveau des polytechniciens mais que j'avais été suffisamment doué pour qu'on m'occulte toutes les "voies de garage" qui ne menaient à rien.

    A croire que tous les ébénistes, les boulangers, les maçons, les chauffagistes, les carreleurs, les avocats, les marchands, étaient des ratés et par conséquent tous malheureux. Et pourtant... Ne les voit-on qui rient, qui se marient, qui achètent et revendent de belles maisons, qui partent en vacances, qui sont fiers de leur savoir, qui sont reconnus, demandés, écoutés... qui vivent heureux en quelque sorte ?

    Les plus audacieux d'entre eux n'ont-ils pas monté de belles affaires florissantes et passionnantes ?

    J'étais assis dans mon bureau dans une belle tour prestigieuse, valant des millions d'Euros, dans une entreprise estimée à des milliards... J'etais assis là, et je pensais à ces hommes et femmes qui, dans le même instant, menaient leur barque... Gouvernaient, vibraient.

    J'étais dans cette cabine d'un paquebot irréel, surdimensionné, qui jamais ne quitterait la trajectoire des courants de la bourse et des profits. Petit passager parmi des milliers dans le prestige de pacotille.
    Prestigieuse carte de visite, comité d'entreprise ultra généreux, RTT à foison, réunions de services, j'étais chef de projet, responsable de pôle, pilote, superviseur, et autres jolis galons sur ma cravatte en soie.


    26 ans, je m'engouffrais irrémédiablement dans l'ennui et la médiocrité haut de gamme des ingénieurs en n'importe quoi.

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