On dit beaucoup de choses à propos de certains peuples slaves, en particulier des russes, qui envahissent nos stations de villégiature. Souvent ces choses ne sont pas très positives. Alors je dis, simplement, ce que j'en pense.
Ce que j'aime chez eux, chez ceux que j'ai rencontrés au cours de mes voyages, et ceux que je côtoie encore aujourd'hui, est cette façon unique de s'ouvrir à vous en une fraction de seconde, de vous serrer dans leurs bras comme s'ils vous connaissaient depuis toujours, de vous chuchoter à l'oreille des mots doux et des secrets, de dire 1000 fois merci en moins de trente minutes, de vous faire des cadeaux avec une spontanéité sans pareille, de pleurer sans retenue à n'importe quel âge au moment des retrouvailles, des séparations, des moments de joie ou de tristesse, de savoir danser, chanter et rire à la moindre occasion.
Je me souviens, il y a longtemps, de la Place Rouge à minuit par moins 38°. Nous étions une poignée de collégiens et lycéens seuls dans cet univers féérique. Avec une amie, nous avions échappé à la surveillance des guides, pas pour boire du chocolat chaud au café Pouchkine, mais pour manger des glaces roulées dans du papier, acheter des skis de fond, prendre le métro, causer avec des gardes de l'Armée Rouge, rire au ciel pendant que des flocons de neige nous tombaient dans la gorge. Lorsque nous partîmes, nous dûmes nous quitter, nos amis de là-bas nous ayant offert avec leurs moyens modestes des tonnes de cadeaux. Les embrassades furent longues et les larmes chaudes versées aussi qui mouillèrent mes joues d'enfant des heures.
Je me rappelle, l'orchestre disco vêtu de costumes bleu à pailletes se démenant pour nous faire danser pendant que nous tentions d'avaler du chou mariné à l'huile et des "cotelettes".
J'ai encore dans le coeur, ces gens que j'accueillis l'année dernière, avec lesquels nous fîmes la fête pendant quatre jours, dansant et chantant en robes de chambre en pleine journée, les morceaux de musique égrenées sur l'harmonium, les mains claquant au rythme du tempo, buvant du thé sucré, avant qu'ils ne repartent en m'invitant chez eux, au pied de l'Oural, quand je veux, moi, mon mari, les enfants. On n'arrivait pas à se quitter. Je pense à eux souvent, la chaleur de leurs voix, de leurs corps et de leur affection sans conditions, me manquent encore.
Certes, je parle leur langue et ça aide. Mais au-delà, j'aime cette intensité des relations, ces moments de partage sans calcul, de folie douce, cette capacité à passer du rire aux larmes, à communiquer, dire les choses facilement, les bonnes et les autres, cette confiance spontanée, leur générosité de tout. Ils me donnent cette sensation incroyable d'être absolument vivante pour l'éternité, me permettent de croire que tout est possible, qu'il suffit de se jeter dans les bras pour que le bonheur soit là, inépuisable, à consommer sans modération. A cette énergie chaleureuse, je dis merci, bravo, encore.
Quand je vois les efforts qu'il faut faire parfois avec certaines personnes avec lequelles je suis censée partager la même langue, la même culture, le même milieu de vie, les mêmes origines, bouf, qu'est-ce que c'est dur pour moi. Ces retenues de tout ou presque, des choses qu'il ne faut pas dire parce que ce n'est pas le moment, que ça va faire désordre, cette distance physique, tout calin passé un certain âge étant considéré comme une marque d'immaturité, cette sorte de pudeur qu'il faut avoir de tout, des sentiments et des émotions, les larmes peu autorisées qui dérangent ou passent pour de la faiblesse, la musique, qu'il faut jouer et écouter comme ceci, assis, avec un air inspiré, la danse réservée aux jeunes, le thé vert aux vieux, les crucifères aux cancéreux. Ca fait pas marrer.
Ce qui m'a le plus touché est que ces gens m'ont dit que je devais avoir des origines de chez eux. C'est sûr, Sophie la sorcière scribouillarde, bohême, fofolle et super câline, qui pleure autant qu'elle rit, aime monter à cheval sans selle, les grands espaces, les roulottes et les yourtes, la musique a toute heure du jour ou de la nuit dans n'importe quelle position, les pulls brodés à pompons et les chapkas, le chou préparé de toutes les façons et le boudin blanc au petit déjeuner, a du sang B+. Allez savoir lequel de mes ancêtres a succombé aux charmes d'une belle slave!
Commentaires (13)
Par pawel reklewski | il y a environ un an
Sophie c'est comme ça un monde différent, je ne connais pas la Russie mais la Pologne et les Pays Baltes si...! J'y retourneras avec infiniment de plaisir. Nos modes de pensé sont bien différents et si charmants et la dernière fois que j'ai quitté la Pologne j'en ai pleuré...! Je vous envoie de multiples baisers de toutes les couleurs , petite sorcière de l'Est , de quelque par ... Là-bas...!
Abus
Par sophiescribouillarde | il y a environ un an
Merci Pawel. Je me dis qu'à travers les océans et les écrans, j'ai trouvé un ami, ce qui me fait très chaud au coeur, d'autant que le temps est affreux et que j'en avais bien besoin. Heureusement, la petite amie de mon fils est ukrainienne, mignonne, vive et très gaie. On se fait des bisous, on parle de Pirojki, de blini, de l’orthodoxie, de traditions, de notre amour pour les félins...c'est charmant! Je comprends bien que mon fils est très sensible à cette âme chaleureuse et douce. J'adorerais découvrir les pays Baltes et la Pologne dont je ne connais que l'histoire et la géographie. A bientôt et plein de bonnes choses à vous.
Abus
Par Wen | il y a environ un an
Les russes, plus ou moins nouveaux riches, qui envahissent nos stations de villégiature -comme tu dis- ne sont pas forcément ceux dont tu parles dans ton texte. J'adhère à ce que tu dis car je suis persuadé que c'est une grande nation avec des gens de très haute qualité (d'une culture infinie pour ceux que j'ai pu rencontrer) mais pas de manière inconditionnelle.
Là où je vis, ce sont surtout des voyous que l'on rencontre, sans goût, sans respect, sans morale. L'important est de savoir faire la différence et d'éviter les généralités.
Abus
Par Junon | il y a environ un an
Des voyous et des gens biens, voire même des gens plus que bien... il doit y en avoir de toutes les cultures et dans tous les pays.
Peut-être que chez les Slaves, ces choses se trouvent en excès ....??? A savoir plus que bien, ou au contraire pire que tout... ??
Ce n'est qu'une hypothèse, je n'ai aucunes certitudes, je ne connais pas de slaves.
Sauf qu'à te lire aujourd'hui Sophie, je le regrette...
Abus
Par sophiescribouillarde | il y a environ un an
Il est certain que comme partout, il y a des proportions de gens adorables et de plus antipathiques...pas besoin d'aller bien loin. Disons que je voulais montrer une autre facette plus authentique peut-être que le bling bling évoqué pas les médias. Peut-être que c'est plus facile aussi pour moi car je parle la langue, que j'ai plutôt des a priori positifs, que spontanément, le courant passe plutôt très bien.
Abus
Par stef | il y a environ un an
Que les Slaves soient enfin libres non de Dieu!
Abus
Par sophiescribouillarde | il y a environ un an
T'es slave Steph? Ou tu te moques de mes envolées affectives?
Abus
Par stef | il y a environ un an
Ni l'un ni l'autre. C'était juste pour le bon mot...Les Slaves, pour moi, sont des personnes comme les autres, une autre culture, soit, d'autres moeurs, soit, mais rien que des êtres humains. Ceci dit l'amitié-vodka j'ai déjà vécu et c'est chouette!
Abus
Par sophiescribouillarde | il y a environ un an
Oui mais des êtres humains avec cette chaleur humaine très particulière (que d'autres possèdent aussi, on est bien d'accord - je pense à mes amis d'Amérique Centrale et d'Afrique). Tu devrais nous raconter tes amitiés-vodka super chouettes! Je me souviens d'une soirée parisienne dans le marais, vodka, blini, caviar...heu, non, en fait je me souviens juste d'avoir lu le menu!!! Dans tous les cas, ne pas oublier la musique. En russe, on dirait, Davaï -gabaù ! Mince, mon clavier cyrillique est en rade.
Abus
Par stef | il y a environ un an
Pour les amitiés-vodka je crains que l'oubli éthylique n'est légèrement effacé les précis de l'aventure, mis à part quelques larmes d'amitié 45° ! :)
Abus
Par pawel reklewski | il y a environ un an
ce sont ceux qui dérangent que l'on voit en première page les autres qui sont adorables restent inconnus et vivent paisiblement pour faire le fond des photos pour les agences de tourisme... Tous les hommes ne sont pas comme DSK dont on parle , écrit .. Il y a des Dsk chez les slaves aussi et des prostitués aussi et des gens biens aussi , en général on va voir ceux qui nous ressemblent surtout ... Et nous on est presque bien ...!
Abus
Par lounalovegood | il y a environ un an
Quelle belle image du peuple slave, que je ne connais pas, mais tu me donnes envie .... Alors c'est gagné :-)
Abus
Par sophiescribouillarde | il y a environ un an
J'espère vraiment que tu auras l'occasion de découvrir ces pays, leurs paysages, traditions, populations, bonne humeur. Je garde le rêve fou de prendre le nouveau train qui relie Nice à Moscou, avant de filer dans le transsibérien jusqu'à Vladivostok. Un jour peut-être?
Abus