les battement du cœur D'Alix

Tragédie - Nouvelle

Mystéria / Karine - Ajouté le 17/02/2012 à 14:04

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    Vous m'avez demandé de vous raconter mon histoire.

    Docteur, si j'accède à votre demande c'est uniquement parce que je veux vous aider.

    Oh, pas à me soigner. Personne ne peut me soigner.

    Ce que je veux c'est sortir d'ici et payer mes dettes.

    Je n'en peux plus de ces blouses blanches, de tous ces cachets qui m'assomment, et vous, vous n'en pouvez plus de mes cris, de mes crises de nerfs, de mes sombres périodes de mutisme. On devrait pouvoir s'arranger l'un l'autre, non?

     

    Je vais donc vous raconter.

     

    Alix a été la plus belle chose qui me soit arrivée.

    Alix et son sourire si doux, Alix et son regard plein de compassion, Alix et sa générosité.

    Elle était belle, Docteur. Pas comme une star de cinéma, non, belle comme la femme de ma vie, belle comme la future mère de mes enfants, belle comme l'amour.

    Vous savez, elle portait toujours des jupes, même en hiver et elle avait les plus adorables genoux qu'un homme puisse voir. Et les cheveux les plus soyeux qu'on puisse imaginer. Quand nous faisions l'amour je plongeais mes mains dans sa crinière pour le seul plaisir de la faire glisser entre mes doigts…

     

    Mon cœur brûle quand je parle d'elle. Je ne suis pas certain qu'on puisse appeler ça "thérapie par les mots", Docteur.

     

    Mon Alix était la douceur incarnée. Une personne sur laquelle on peut compter et je l'aimais aussi pour ça.

    Je me rappelle un jour où je suis rentré à l'appartement et il y avait ce vieux mec dégarni assis dans notre cuisine. Il fumait une clope en buvant un énorme bol de chocolat chaud. Il empestait tellement que j'ai failli mettre la main devant mon nez. Mais Alix est arrivée, s'est campée devant moi du haut de son mètre soixante et le sourire ravissant qu'elle avait jusqu'aux oreilles a fait fondre toute remarque déplacée qui aurait pu (qui allait) sortir de ma stupide bouche.

    — Mon ange! (elle m'appelait toujours comme ça, moi qui était pourtant tout sauf un ange) j'ai trouvé Lucien en rentrant du boulot! Il m'a demandé une petite pièce pour aller boire quelque chose de chaud. Je n'avais pas de sous. Alors je l'ai amené à la maison!

    Et le brave Lucien, la barbe tout emmêlée, lui a fait un grand sourire édenté.

    — Tu as bien fait Alix. Bonjour Lucien! Vous prendrez bien une douche aussi?

     

    Elle avait le don de faire ressortir le meilleur des personnes autour d'elle. Un simple regard et on était possédé par son charme innocent.

    Albert Camus a dit: "La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent", Alix en avait fait sa devise.

    Ce jour-là, Lucien est parti de chez nous, sentant le savon, rasé et rhabillé de vieux vêtements que je ne portais plus. Et j'en ai été ravi.

     

    Vous savez docteur, vous allez avoir du mal à me lire, les larmes dévorent un peu l'encre… je repasserai le stylo sur les mots avant de vous donner ce papier.

     

    Son ange. J'étais son ange. Elle était mon univers. Avant de la connaître je n'étais rien.

     

    Enlevé à la garde de mes parents, drogués à la cocaïne, le lendemain de mes huit ans, je ne les ai jamais revus. Ils n'ont même pas essayé de me reprendre, trop occupé qu'ils étaient à se procurer leur came. J'ai erré de foyer d'accueil en foyer d'accueil jusqu'à mes dix-huit ans. Je suis vite devenu ce qu'on appelle un petit délinquant. Bagarres, vols en tout genre, dégradations publiques…

    À dix-huit ans j'ai connu la rue. Je n'avais rien, on ne risquait pas de me le voler.

    J'ai fait la manche, j'ai volé de quoi manger dans les magasins, j'ai piqué des voitures pour les faire cramer sur des parkings déserts…

    J'ai fini, bien sûr, par me faire repérer par les services sociaux. Qui m'ont trouvé une piaule dans un foyer. Une horreur. Des ivrognes dans tous les coins, puant la bière rance et la clope. Puis j'ai trouvé un travail. Je balayais les parkings pour un salaire de misère. Les mêmes parkings sur lesquels je brulais les voitures volées…

     

    En parallèle je me suis fait de "bonnes" relations. Une bande de types qui avaient trop regardé "le parrain" et s'amusaient à racketter les commerçants du coin. Et je suis rapidement devenu leur homme de main. Je n'avais pas peur de les salir, mes mains, justement. J'ai cassé des doigts, j'ai pété des dents, j'ai éclaté des côtes.

    Bref, vous l'aurez compris, j'étais devenu une vraie racaille. J'ai n'ai bientôt plus eu besoin de ramasser les mégots sur les parkings, nos magouilles suffisaient à mes dépenses et je ne vivais pas mal.

    J'ai passé une nouvelle étape quand j'ai commis mon premier vol avec effraction, une autre quand j'ai tué mon premier homme.

     

    Vous voulez que je raconte ça. J'en suis sûr.

    Mais en réalité il n'y a rien à raconter.

    Le pauvre type, un restaurateur si je me souviens bien, avait refusé de payer. J'étais chargé de lui faire la peur de sa vie, quitte à lui casser un ou deux os. Je faisais beaucoup de musculation à l'époque. Ça aurait dû suffire à lui faire sortir les biftons. Mais, non. Il m'a tenu tête, m'a parlé de sa femme et de ses gosses, de son crédit à la banque. Qu'est-ce que j'en avais à foutre, moi, de sa vie? Rien. J'ai gueulé, je l'ai tabassé. Trop fort. Je ne me suis pas rendu compte tout de suite qu'il était mort. C'est dingue la vitesse à laquelle on passe de vie à trépas. Une seconde avant il me traitait de fils de pute et là, la tête pendant sur le côté, il n'insulterait plus jamais personne.

    Ce que ça m'a fait?

    Rien.

    Il y en a eu d'autres ensuite. Quand on tue une fois, une barrière tombe. J'étais devenu l'homme de main de la bande. Celui qu'on ne vient pas emmerder.

     

    Je ne vais pas m'appesantir sur ce passé. Tout ce qu'il y a à retenir c'est que j'étais un moins que rien.

    Ça a duré jusqu'à ce que les flics me chopent. Ça devait arriver.

    J'ai pris cinq ans pour une histoire bidon de vol à main armée. Je m'en sortais bien, finalement.

    C'est la prison qui m'a changé. Ne vous leurrez pas. Pas l'expérience de la prison, non. La bibliothécaire. Alix.

     

    Quand je suis rentré dans la bibliothèque la première fois, je me souviens m'être dit que cette pièce devrait s'appeler "le cagibi". C'était petit, gris, moche et ça puait le papier moisi.

    Mais j'ai vu Alix et tout s'est éclairé. Elle était assise derrière un petit bureau, les lunettes sur le bout de son nez et elle me souriait.

    Personne ne m'avait jamais souri comme ça docteur. Pas avec sa bouche mais avec son âme. Un sourire d'une chaleur telle que mon accent de racaille est tombé comme un voile de mensonge s'envolerait au vent.

    — Monsieur?

    Je me suis sauvé. Quoi faire d'autre? Je n'étais pas préparé à ça!

    J'ai cogité, seul dans mes 9m². Longtemps.

    Et j'y suis retourné.

    J'ai discuté avec Alix. J'ai appris qu'elle était une ancienne prof de français. Qu'elle était célibataire et qu'elle aimait les gens. Elle ne m'a pas demandé pourquoi j'étais là. Je ne sais pas si j'aurais eu le courage de le lui dire.

    J'ai vite abandonné les haltères et la cour de promenade.

    J'ai grassement payé un gardien pour obtenir l'autorisation d'aller à la bibliothèque une heure par jour. Alix ne l'a jamais su.

    Au début, elle a trouvé étrange que je revienne la voir tous les jours, mais il a fini par s'habituer à mes visites.

    On a sympathisé. Elle m'a expliqué que personne n'est mauvais. Tous les êtres humains sont bons, ils ne le savent pas, c'est tout. Il faut leur rappeler sans cesse.

    Je me suis étonné qu'elle porte des jupes pour travailler dans une prison. Elle a ri.

    "Mais je suis libre moi!"

    Oui, elle était libre. Libre comme les nuages, libre comme le vent, libre comme l'amour.

    Elle a décidé de reprendre mon éducation en main. Elle disait qu'un grand garçon comme moi devait absolument "connaître la beauté d'un livre". Moi dont les seules lectures se résumaient à feuilleter Playboy, j'ai appris à lire. Vraiment. Au-delà des mots, avec mon cœur et mon esprit.

    Elle a commencé par "Les Misérables". Je lui ai demandé de quoi ça parlait. Elle a souri et m'a dit "De toi!".

    Un livre énorme, dans tous les sens du terme, Docteur. Est-il utile que je précise avoir pleuré à sa lecture? L'histoire d'un ancien bagnard reconverti en homme de bien, c'était peut-être l'histoire de ma vie…

    J'ai décidé d'être son Valjean. Jamais je ne redeviendrais ce rebut de l'humanité, ce déchet social que j'étais avant de la connaître. Je rachèterais toutes mes erreurs, elle serait ma muse.

    Je ne vous raconterai pas tous les moments passés ensemble.

    Je ne vous raconterai pas non plus la première fois que nous avons fait l'amour. Ces moments n'appartiennent qu'à nous.

    Je vous dirai seulement que dès ma sortie de prison nous nous sommes installés ensemble. Et que c'était merveilleux.

    Elle m'éblouissait tous les jours.

    Elle ne m'a jamais demandé ce qui m'avait conduit en prison et nous n'avons jamais regardé en arrière. Elle disait qu'il fallait aller de l'avant, toujours, ne jamais s'appesantir sur le passé, sinon on risquait de prendre les mauvaises décisions.

    "L'important n'est pas celui qu'on était, mais celui qu'on sera", je l'entends encore.

     

    On était heureux. L'appartement était petit, mais nous étions chez nous. Elle m'a trouvé un travail de professeur de sport dans un club de fitness près de chez nous. Personne ne pouvait lui dire non. C'était une fée.

    J'ai travaillé à racheter mes fautes. J'ai fait du bénévolat pour les restaus du cœur, j'ai collecté de vieux vêtements pour Emmaüs, tout ce que je pouvais faire pour aider, je le faisais.

    Deux années ont passé. J'avais oublié ce que j'avais été. J'étais un homme neuf. Lavé de ses péchés. Ma vie était calme, sans heurts, sans cris, sans violence, seulement rythmée par les battements du cœur d'Alix.

     

    Les battements du cœur d'Alix, les battements du cœur d'Alix, les battements du cœur…

     

    Pardonnez-moi Docteur, mais c'est trop difficile.

    J'ai les mains moites et mon stylo glisse entre mes doigts. On vous paye bien, j'espère, pour tourmenter ainsi vos patients?

    "Thérapie par les mots"! Quelle connerie! Enfoiré de médecin! "Torture par les mots" serait plus adéquate, non?

    Que voulez-vous que je vous dise qui pourrait me faire du bien?

    RIEN NE ME FERA PLUS JAMAIS DE BIEN!

     

    Excusez-moi, Docteur… mais c'est si pénible.

    Alix est rentrée un soir, le teint cireux, essoufflée et sans force. Elle est tombée comme une poupée de chiffon dans mes bras.

    À l'hôpital, personne ne me disait rien, j'ai attendu toute la nuit et toute la journée du lendemain avant qu'on m'autorise à la voir.

    Alix semblait si petite et si menue dans ce lit blanc, les paupières striées de petites veines bleues, les lèvres pâles, que moi, le grand costaud j'ai dû m'asseoir pour ne pas vaciller.

    Le médecin est arrivé et le verdict est tombé comme le couperet de la guillotine: cardiomyopathie fulgurante.

    Une maladie rare qui n'avait jamais été détectée. Il ne lui restait que quelques semaines à vivre si on ne lui trouvait pas un cœur de remplacement.

    Je lui ai dit qu'on allait se battre, qu'on vaincrait la maladie, qu'on était forts, qu'il fallait espérer!

    Elle m'a regardé avec un tendre sourire tremblant et elle m'a demandé:

    — Espérer quoi, mon Ange? Qu'une personne meure pour qu'on me donne son cœur? Non, je refuse d'espérer une telle chose. Je ne mérite pas plus de vivre que n'importe quelle autre être humain. La vie doit finir un jour, si c'est mon heure… qu'il en soit ainsi.

    Je suis parti. Sans un mot. Chercher une église.

    Je me suis effondré sur un banc la tête entre les mains et j'ai éclaté en sanglots. La souffrance jaillissait du plus profond de mon être, secouait mes épaules et sortait de ma gorge en gémissements étouffés. Je ne pouvais pas m'arrêter, moi qui n'avais jamais pleuré, j'expulsais en une seule fois toutes les larmes de ma vie…

    J'ai parlé à Dieu.

    Je l'ai d'abord supplié, expliquant comme Alix était bonne et généreuse…

    Je l'ai ensuite insulté, criant à sa face toutes les injures que je connaissais, le maudissant de lui faire subir ça.

    J'ai négocié aussi, l'invitant à me prendre moi, à la place d'Alix.

    Je l'ai renié, enfin, clamant que je ne pouvais pas croire en un Dieu capable de faire une telle chose.

    Sauf que je n'avais jamais cru en Dieu. Je me suis senti inutile. Imbécile et ridicule. Qu'est-ce que je foutais là, à prier une chimère alors que je pourrais être avec elle?

    Je suis retourné à l'hôpital. Les larmes s'étaient taries.

     

    Deux semaines ont passé. Alix était de retour à la maison avec l'interdiction de travailler, de faire le moindre effort, et même de stresser. Très simple quand on a une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Et pourtant mon Alix s'en sortait comme une reine, elle ne se plaignait jamais, ne voulait pas qu'on s'apitoie sur son sort.

    Elle était un juste un peu plus pâle et parfois je la surprenais le regard perdu au loin, dans le no man's land de sa guerre intérieure.

    Moi j'étais devenu double. Avec elle, attentionné et doux. Avec les autres, peu loquace, voire renfermé. J'ai pris un congé au club de fitness, tout le monde a bien compris.

    C'est lors d'un diner auquel j'avais convié nos meilleurs amis que j'ai franchi le pas…

    Au milieu de la salle de restaurant, au moment du dessert, je me suis agenouillé devant elle et je lui ai demandé si elle acceptait de devenir ma femme. Elle a murmuré "oui", les larmes aux coins des yeux et pendant que la salle applaudissait et criait des "bravo!" elle a enroulé ses bras autour de mon cou et a chuchoté à mon oreille "même si je le suis déjà, mon Ange".

     

    Docteur, vous le savez, nous n'avons pas eu le temps de célébrer la moindre union.

     

    Le médecin avait dit quelques semaines de sursis, c'est exactement ce qu'on a eu.

    Le lendemain de mon annonce, Alix a été hospitalisé en urgence.

     

    J'étais là, près d'elle, je tenais sa main pendant qu'elle dormait, quand le médecin est arrivé. Un spécialiste du cœur, qui ne savait pas trouver les mots pour apaiser le mien de cœur, justement.

    J'ai levé les yeux sur cet homme, cet imminent docteur, qui ne pouvait rien pour moi.

    — Docteur, on ne peut vraiment rien faire?

    — Hélas, non. Elle est sur la liste des receveurs de dons d'organe. Mais il y a tant de personnes avant elle, des personnes qui attendent dans la France entière!

    — Elle ne peut pas être prioritaire? Je vous en prie Docteur, donnez-moi un espoir!

    — Elle serait prioritaire uniquement si on obtenait un cœur dans cet hôpital. S'il y avait un don cette nuit, ici. Vous voyez que les chances sont minces…

    — Et combien de temps nous reste-t-il?

    — J'ai bien peur qu'elle nous quitte cette nuit.

     

    Qu'elle nous quitte? Mais c'est MOI qu'elle va quitter. C'est MOI qui ne la reverrai jamais.

    Sauf…

     

    Docteur, je n'ai pas envie de raconter la fin désastreuse de mon histoire. Je ne suis pas capable de décrire comment j'ai tué mon Amour…

    Car le seul responsable de sa mort, c'est moi.

     

    Mais je vous ai promis de tout vous dire, et je tiendrai parole. Mais essayez de ne pas me juger, je vous en prie.

    Gardez dans un coin de votre mémoire qu'Alix était mon soleil et que j'ai toujours craint le noir…

     

    Il était environ minuit quand je suis sorti de l'hôpital, non sans avoir déposé un tendre baiser au coin des lèvres de mon Alix endormie. J'ai murmuré "tout ira bien, à tout à l'heure…" et je suis parti.

    Je suis rentré chez moi et j'ai pris un couteau. Je n'avais plus toute la tête. Je ne pensais qu'à elle.

    J'ai réfléchi un petit moment à la manière de m'y prendre. Comment courir le moindre risque et comment être certain que mon plan allait fonctionner.

    Le meilleur moyen était encore de faire ça à l'hôpital. J'ai repris la route.

    Je conduisais vite, sans précaution aucune, absorbé par la tâche que j'allais devoir accomplir.

    Quand j'ai voulu prendre la bretelle d'autoroute, ça bouchonnait un peu. Un accident avait eu lieu. À ce que j'ai pu voir, deux voitures étaient entrées en collision et les secours affluaient.

    J'ai pris la bretelle suivante, maudissant intérieurement ces chauffards qui m'obligeaient à faire un détour.

    J'allais perdre du temps, il fallait que je me dépêche.

    Mon téléphone s'est mis à sonner, c'était à coup sûr l'hôpital qui essayait de savoir où je me trouvais, au lieu d'être aux côtés d'Alix. J'ai accéléré.

    Je me suis garé sur le parking de l'hôpital, des larmes plein les yeux. J'allais devoir faire face à de vieux démons. Mais j'étais prêt.

    Il faisait nuit noire, j'ai contourné le bâtiment principal, à la recherche de l'endroit adéquat. Mes yeux sont tombés sur un homme sortant de sa voiture, sur un parking secondaire. J'ai foncé. Avant qu'il ait pu refermer sa portière, j'avais enfoncé le couteau. En plein ventre, afin d'être sûr de ne pas endommager le cœur.

    Au moment de retirer l'arme, toutes les années de ma vie de malfrat me sont revenues en mémoire. J'avais juré de faire le bien, de ne plus jamais faire souffrir quiconque et je me suis senti très mal. Ma tête tournait, mon cœur battait comme un sourd dans ma poitrine, et en retirant le couteau de la plaie béante de ma victime, j'ai expulsé d'un coup tout l'air de mes poumons.

     

    Alors j'ai couru comme un fou, la vue troublée par les larmes, jusqu'à la chambre d'Alix. Pourvu qu'il ne soit pas trop tard!

    Quand je suis arrivé, la chambre était vide. J'ai crié comme un malade et une infirmière a tout de suite accouru.

    — Détendez-vous, tout va bien! Elle a été conduite au bloc opératoire! On lui a trouvé un cœur! Dépêchez-vous, elle n'est peut-être pas encore anesthésiée!

     

    Déjà? J'étais un peu perdu, tout allait vite, trop vite. Mais je n'ai pas percuté que quelque chose clochait, j'ai foncé vers l'endroit que m'avait indiqué l'infirmière, le cœur remplis d'espoir et de joie.

     

    Quand je suis arrivé, le médecin que je connaissais attendait devant la porte vitrée. Au travers, je voyais mon Alix éveillée, la tête soutenue par un oreiller, qui me souriait.

    — Ah, vous voilà enfin! Mais où étiez-vous donc passé? On a tenté de vous joindre! On a un cœur!

    J'ai dû m'asseoir. J'avais réussi.

    — Un accident de la route. Un homme a perdu le contrôle de son véhicule et a décimé une famille. Le père, les deux enfants, et la mère, donneuse d'organe.

     

    Je n'y comprenais plus rien. Et le type du parking? J'ai repensé à l'accident qui m'avait obligé à faire un détour. Voilà à qui je devais la survie d'Alix. J'avais tué un homme pour rien…

    Mais Alix allait être sauvée et c'est tout ce qui comptait.

    — Qu'attend-on pour l'opérer?

    — Le chirurgien du cœur. C'est une opération très délicate, que tout le monde ne peut pas réaliser. Nous l'avons bipé. Il devrait être là. Voulez-vous entrer et embrasser Alix avant qu'on l'endorme?

    Nous sommes entrés dans la pièce. Alix a tendu la main vers moi, un fragile sourire sur les lèvres.

    — Rassurez votre amie, suggéra le médecin

    — Ma femme, l'ai-je repris en souriant.

    Le docteur allait répondre quand une infirmière livide a fait irruption dans la pièce.

    — Qu'y a-t-il Valérie?

    — Docteur, je…je ne sais pas comment vous dire ça…

    Un vide intersidéral s'est fait dans mon estomac. La pâleur de l'infirmière, son air choqué, son hésitation manifeste, tout ça me criait qu'il y avait un problème. Un problème de taille.

    — Allez-y voyons! Qu'y a-t-il?

    — Le Docteur Fichet…il est… il est… mort. On vient de le trouver sur le parking. Il a été poignardé!

    J'ai tourné la tête vers Alix, le souffle coupé.

    — Je t'aime, ai-je lu sur ses lèvres.

    Et elle a expiré son dernier souffle.

     

    Voilà Docteur la fin de ma sinistre histoire.

    Inutile que je vous décrive être devenu fou de douleur, avoir secoué son pauvre corps, avoir hurlé, avoir tapé dans les murs, c'est qui m'a amené ici.

    Et depuis un mois que vous essayez de me soigner, moi je ne fais que me répéter une chose: j'ai tué Alix en ne l'écoutant pas. elle m'avait dit "on ne regarde pas en arrière. Jamais. Sinon on commet des erreurs. Le plus important n'est pas celui qu'on était, mais celui qu'on sera".

    Je ne me le pardonnerai jamais.

    Alors Docteur, je vous en supplie, guérissez-moi, que je puisse sortir d'ici. Sortir d'ici et rejoindre mon Ange.

Tags :Tragédie, Horreur, Vie, Mort, Coeur

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Commentaires (39)

Catherine_54

fleche

Par elsa saint hilaire | il y a 3 mois

Très bien mené... un texte prenant qu'il faut lire en cliquant sur LIRE pour éviter les coupures intempestives de l'éditeur de WLW. Beau travail Mysteria!

Abus

Jos_phine_nb_7_54

fleche

Par Junon | il y a 3 mois

Oui, vraiment très bien mené... On sent la fin pourrie arriver, mais tout de même, quelle chute !!

Abus

Platon_54

fleche

Par Lanac & Zoé | il y a 3 mois

Presque dommage que ce soit fini aussi vite ! Je me joins au choeur : super bien mené

Abus

Bouche-sucettes_54

fleche

Par Mystéria / Karine | il y a 3 mois

oh la la! je rentre à l'instant, un peu angoissée à l'idée de découvrir les commentaires...
et je suis si contente! merci à tous! j'ai tellement aimé l'écrire! voir que ça vous a plu m'emplit d'aise!

Abus

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fleche

Par Isabelle REVENU | il y a 3 mois

Ca m'a tenu en haleine du premier mot au dernier. Dans une écriture terrible et désespérée. Dire que j'ai aimé serait un euphémisme. Merci pour ce moment..palpitant

Abus

Bouche-sucettes_54

fleche

Par Mystéria / Karine | il y a 3 mois

merci Freddie, merci beaucoup!

Abus

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fleche

Par koukie | il y a 3 mois

Génial Mystéria, superbe chute, enfin tragique mais superbe. cdc

Abus

Bouche-sucettes_54

fleche

Par Mystéria / Karine | il y a 3 mois

merci Koukie!

Abus

Stamped_54

fleche

Par Jean-Louis Michel | il y a 3 mois

Joli texte, au delà de l'horreur finale, c'est l'amour qu'on retient, les sentiments animent le monde, les pires comme les meilleurs !

Abus

Bouche-sucettes_54

fleche

Par Mystéria / Karine | il y a 3 mois

c'est vrai Jean-Louis! merci!

Abus

Daisy4_54

fleche

Par Phéonix77 | il y a 3 mois

Tragique d'un soupçon de réalité j'ai beaucoup aimé merci pour le partage

Abus

Bouche-sucettes_54

fleche

Par Mystéria / Karine | il y a 3 mois

de rien! merci de m'avoir lue!

Abus

Matin_a_bo_3_54

fleche

Par Ysabel G | il y a 3 mois

Magnifiquement dramatique, horriblement tendre, atrocement émouvant. Merci

Abus

Bouche-sucettes_54

fleche

Par Mystéria / Karine | il y a 3 mois

mais tout le plaisir est pour moi!

Abus

St_barth_052_54

fleche

Par JB | il y a 3 mois

Coup de coeur et chapeau bas!

Abus

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fleche

Par christinej | il y a 3 mois

quel texte prenant captivant c'est bien mene jusqu'au bout vraiment bravo

Abus

Bouche-sucettes_54

fleche

Par Mystéria / Karine | il y a 3 mois

JB, christine, merci beaucoup. savoir que ce texte a plu me fait vraiment plaisir, car j'y ai cru dès le début et je ne me suis pas trompée... ouf!

Abus

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fleche

Par Marie-France | il y a 3 mois

" On ne regarde pas en arrière. Jamais. Sinon on commet des erreurs. "
Tout est dit en une phrase.
J'ai lu et j'ai été tout de suite happé par l'histoire. Je l'ai même conseillé à des personnes extérieur de WlW.
Je m'incline.

Abus

Bouche-sucettes_54

fleche

Par Mystéria / Karine | il y a 3 mois

Merci Marie-France, j'en suis ravie!
mais ne t'incline pas trop, ce n'est pas bon pour ton dos et pas bon pour mon égo! :)

Abus

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fleche

Par Wen | il y a 2 mois

J'ai mis le temps avant de le découvrir celui-ci... Va savoir pourquoi, je "ne voulais pas" le lire. Et puis aujourd'hui je me suis dit qu'il était temps. Sur quelle base ? Pourquoi ? Va savoir... Merci à toi Mystéria d'avoir écrit ceci. Au plaisir de te lire prochainement.

Abus