Il était un peu comme un croque-mort,
à faire de mon corps une merveille.
Sans savoir si j’étais vivant ou mort,
il voulait m’endormir pour qu’il s’éveille.
Et j’étais ce pantin trop radieux
qui s’aveuglait de sa propre lumière.
Et j’étais la putain des adieux
qui ne parlait pas à Dieu dans ses prières.
Il maquillait ma pâleur
de beaucoup trop de couleurs ;
et au final je devenais tout sauf un cadavre,
car je devais avoir l’air d’avoir trouvé un havre,
mais ça n’allait pas si ce n’était pas en lui ;
je vous épargne mes activités de nuit.
Combien de fois le monde puait le mort,
toute la foi que j’ai trahie sans remords.
Il m’habillait pour que j’aie l’air élégant
mais à l'intérieur ne prenait pas de gants
comme si je ne pouvais jamais rien sentir,
mais il me suffit de me taire pour mentir.
Et lorsque qu’il examinait profondément le dedans,
je l’imaginais qui se faisait mon médecin légiste,
mais c’était croire qu’il avait un Ange pour ascendant ;
plutôt que de chercher à me connaître il broullait les pistes.
C’est que tout n’était pas toujours très pur,
aussi jamais quiconque ne devait savoir
que parce qu’il m’a trouvé au pied du mur,
il me prenait pour une plante à faire boire.
Et j’étais son cadavre à grimer ,
celui qui ne devait jamais changer pour rester beau,
et j’étais son esclave à trimer
du fond de mes entrailles pour ne pas être un corbeau.
Il y avait ces fois où je croyais être un tombeau
dans lequel il faisait entrer de force son flambeau
comme pour éclairer à loisir tout mon intérieur,
et alors il devenait le plus vif des ingénieurs.
Il était ce magicien embaumeur
qui conservait mon cœur meurtri dans ses paroles.
Il était une laideur de charmeur
qui se servait de sa sève comme un formol.
Et toutes ces fois où il se disait de moi si fier,
j’étais trop drogué pour comprendre
qu’il m’adorait quand il réussissait ma mise en bière ;
et alors je devais lui rendre
tout cet amour à sa manière si bien éternel
qui me faisait regretter l'ancien amour maternel.
Et il pleurait à chacun de mes enterrements
dans l’espoir fou que ses larmes ne m’atteignent,
incapable de voir que dans cet accoutrement,
toutes les couleurs du monde se déteignent.
J’avais fini par ne plus voir la différence,
car j’avais toujours vécu plus bas que terre,
et mon âme et mon cœur étaient morts de carence,
mais les siens n’étaient pas assez volontaires.
Bien que même mort il voulait que je lui reste,
car même le peu paraît tout à côté du rien,
j’avais bien trop peur d’esquisser le moindre geste.
car il l’aurait arrêté à nouveau pour son bien.
Il était un peu comme un croque-mort,
à mordre la vie d’un autre à pleines dents.
Un sourire seul me lançait un sort,
le faire Noble me rendait décadent.
Puis un jour faire croire au monde que j’étais vivant
était devenu impossible ;
pour la première fois je suis devenu émouvant
quand je n’ai plus été sensible.
Et le grimage ne pouvait plus rien faire
pour cacher la pâleur cadavérique d’une âme éteinte.
Mon esclavage finissait par l’enfer,
alors son Paradis à lui enfin lui porta atteinte.
(15 janvier 2012)
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