lettre à rebours

Amour - Nouvelle

seb365 - Ajouté le 21/02/2012 à 20:51

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    « Nos deux cœurs assemblés à la chaîne travaillent ensemble sur un accord mineur. Nous succombons aux notes d’un rythme rugissant. Pas de paroles, pas de signes de tête, un silence froissé au doux goût de fièvre traverse la pièce.

     

    Nos (doux) doigts emmêlés dans cette nuit passagère, parfum de silicate, nous procurent l’ivresse, nous brûlent, sonnent le début d’une partition d’un hymne à la foudre. Nous parlons un langage sauvage, étranger à l’ignorance humaine, nous tremblons de la tête au cœur. Le temps a laissé sa place, il a fermé la porte et jeté la clef en hiver. Demain, dès l’aube, j’écrirai en lettres capitales sur un cahier de pétales trois mots : pronom, sujet, verbe et à la hache tu dessineras un prénom sur l’asphalte de ton cœur. Nous serons arbres désormais que seule la tempête du siècle déracinera. Je suis houppier et tu es fût, nos branches s’entrecroisent pour ne former qu’une seule unité.

     

    Mais à cet instant, je ne le sais pas.

     

    A cet instant, je te frôle, me hasarde, le long d’une carte sans légende, carte de ton corps, carte au trésor, je suis flibustier, jeune lieutenant mutin de ton âme ; je te découvre, île, je te rattache presque au bout de mes mots, au bout de l’attente, tu es monde, je suis planète tellurique en révolution autour de toi.

     

    Je me heurte à ma propre crainte, j’ai peur de rentrer en campagne, terre inconnue, je m’enlise dans le sous-bois de tes vêtements, je touche à peine ton écorce, je n’ose pas t'accoster, toi ma Queen Marie. Alors, tu me guides, tu m’offres cette canne blanche et tu me déposes un souffle dans mon cœur sur la ligne de rupture de mes lèvres ; j’ai chaud, je suis toujours emprunté de cette peur de mal faire, premier communiant à confesse, premier homme sur la Terre à te fouler de mes dix doigts, enfin je le crois. Ton regard couleur sirocco fixe mes yeux jusqu’alors arides de toi, je t’attends depuis si longtemps, moi qui cheminais dans tes coulisses, moi qui naviguais à proximité de ta demeure, moi athée je deviens maintenant croyant, moine de toi.

     

    Ma main flirte avec tes épaules, je découvre une bretelle monacale, morceau de dentelle filant sous le bras de ta chemise, déboutonne ta boutonnière, dévoile ton aubier, déploie une kyrielle de baisers à l’orée de l’échancrure de tes seins ; je m’abstiens d’aller plus loin, ton corps devient dyspnée, ta respiration asthme de moi, et toi tu reviens, me plaques contre ton corps et me donnes ta bouche dans laquelle définitivement je m’évade.

     

    Nos fluides se rejoignent et ça dessine des tresses, des cordes, des fils à haute tension autant de câbles satellites reliés à nos antennes invisibles ; tombent un à un les fantassins de mon corps, premier coup de canon quand tes mains deviennent légionnaires de mon corps, sur mes flancs, mes reins, mes côtes, le long de mes berges assassines. Je suis torse contre torse, seul ce parfum de coton résiste encore, bonnets de fortune devant l’imminente découverte de ton hydre à deux têtes rondes qui, du haut de leurs mamelons se dressent, fiers étendards, oriflammes étoilés de ton mercure crâne. Ne restent que deux pont-levis à abattre, leurs chaînes vont se rompre immédiatement, il y a des fermetures qui cèdent en un éclair, des tissus abandonnés à terre : nous sommes nus, nous sommes vierges à nouveau.  Tu prends le drap et nous plonges dans cet igloo, la pudeur n’évite pas les regards inquisiteurs de cette chambre où tu vis depuis jeune enfant.

     

    Contact. Premier contact avec nos mystères, toi buisson ardent, moi jambe de bois.

     

    Une salve de baisers provocateurs, dans mon cou, sur mes lèvres, sur mes joues, sur mon menton, mes yeux, dans mes cheveux. Baise, baise, baise… Baise-moi encore. Tire ta rafale où tu veux ! Ne me demande plus ce que je désire ! Tais-toi ! Agis et baise-moi encore. Blesse-moi, pas à mort, pas tout de suite, laisse-moi encore le temps de résister. On ne m’a jamais embrassé ainsi. A chaque impact de ta bouche, je succombe encore un peu plus. C’est du calibre 45 et tu ne comptes pas ; tu me flingues à m’en rendre dingue. Peu importe où tu vises, je veux que tu me fasses mal à en jouir, je veux que tu me désarmes une bonne fois pour toutes et quand tu en auras fini avec tes lèvres, déclame-moi au mortier des vers avec tes jambes dans mon dos. Ecris-moi : « Feu mon amour ! » que je t’insémine d’un oxymore violacé.

     

    Encore une rafale, un coup de poing dans mon âme, deux griffes dessinent des trémolos dans ma chevelure et nous devenons point de suture ; recouverts par ce grand drapeau blanc, drapeau de paix en temps de guerre, drapeau intime en temps d’amour et dessous, tu t’arrimes à moi à coups de mots doux,  à coups de mots d’aiment et quand on se découvre, ton corps devient mon sépale de fleurs. Je crois te donner mais je me venge à mon tour et t’offre ma plus belle bordée, une décharge de plombs de ma bouche chevrotine sur tes aréoles durcies. Tu me parles pour me jeter un alexandrin : « Déchire-moi encore, de tout ton corps amore ! », et je te réponds sans la rime : « Oui mon feu d’amour, je te le fais pour toujours ».

     

    Tu te tais, on reprend, et je vois deux gyrophares doux bleus et anges qui me dévisagent de leurs reflets dans cette nuit aussi diaphane que la lune au solstice d’été. Tu reviens à la charge et tu m’abordes au couteau en me retournant sur le dos. Tu traces un sourire sur mon torse et me plante ta lame en son centre, les deux mains enfoncées dans ma cage ; et tu bouges, et tu bouges, secousses sismiques supérieures à neuf sur l’échelle du je t’aime. Tu m’ouvres tes seins qui pendent, qui reviennent comme une déferlante et tu noies ma langue de ton écume blanche.

     

    Des éclats d’obus éclatent dans tes reins, dans tes entrailles, je t’offre mon chrome nourri au désir qui s’impose quand je te regarde brûler par ton visage mon livre ouvert et le reste de mes pages. Si j’ai mal, tu me caresses, si je gémis, tu me flagelles, tes cheveux balaient mes dernières résistances quand soudain tu te retires, bats en retraite, plus bas, et lorsque ta petite gueule miaule tout près des haubans de ma queue, je sens crépiter les flammes, venir un grondement qu’un éclair sauvage libère dans ta gorge Carpates. 

     

    Et l’univers s’éteint… nous mourrons ensemble.

     

    Ta peau luit comme une chandelle vacille, des frissons bruissent sur l’épiderme de tes bras, il fait chaud et pourtant tu as froid, tu prends le drap et nous voilà corps à corps avec un bouquet de lilas. Il y a des esquisses au crayon papier dans tes yeux, je devine tes pensées, mots doux, métaphores filées, mes mains te retournent et je dépose des lettres sur ton corps. Je suis alphabet de toi et je vois dans l’ourlet délicat de tes sourcils des phonèmes couturés ; des j, des e, des t, une apostrophe et un verbe conjugué. Une baïne monte à rebours et je déverse de l’eau salée à chaudes larmes sur ton cœur reprisé en points de croix. »

     

    -        Tu m’écrivais des lettres d’amour en ce temps !

    -        C’est vrai ! Et toi, tu me disais que tu n’avais jamais lu quelque chose d’aussi beau !

    -        J’étais amoureuse, tu sais !

    -        Moi aussi !

    -        Tu l’as retrouvée où ?

    -        Dans un coffre avec plein de petits bouts de vies à l’intérieur !

    -        Ah oui !

    -        Oui, je me demande qui a pu mettre cette lettre à l’intérieur d’un sachet plastique si parfaitement étanche !

    -        Ah c’est étonnant…

    -        J’ai trouvé ça bizarre aussi ! D’autant plus que le hasard a voulu que dans ce même plastique, cette lettre soit placée dans une vieille enveloppe de papier de format A4 comme il n’en existe plus désormais.

    -        Ah oui ? Elle était libellée à quelle adresse ?

    -        Non pas d’adresse… seulement deux mots étaient inscrits dessus !

    -        Ah bon… et peut-on connaitre l’identité de ces deux mots mystérieux ?

    -        Oui, si tu veux : « Mon amour ».

    -        Je me demande qui a bien pu écrire cela…

    -        Certainement quelqu’un à qui était adressée cette lettre ! Enfin je présume…

    -        Tu peux aller chercher ma canne, s’il te plait ? Mon amour… Ah ! Au fait ? Elle ne commence pas par : « Nos deux cœurs assemblés à la chaîne travaillent ensemble sur un accord mineur. » ?

    -        Je viens de te la lire, tu sais…

    -        Oui et elle continue aussi : «Nous succombons aux notes d’un rythme rugissant. Pas de paroles, pas de signes de tête, juste un silence froissé au doux goût de fièvre traverse la pièce. »

    -        …

    -        et se termine d’ailleurs ainsi je crois : « Je suis alphabet de toi et je vois dans l’ourlet délicat de tes sourcils des phonèmes couturés ; des j, des e, des t, une apostrophe et un verbe conjugué. Une baïne monte à rebours et je déverse de l’eau salée à chaudes larmes sur ton cœur reprisé en points de croix. »

    -        …

    -         Ma canne ! Mon amour… Merci… Tu viens te coucher ou tu m’en écris une nouvelle ?

    Et le vieil homme éteignit la lumière de la salle, soutint sa compagne et assis tous deux sur le bord de leur lit, il lui délivra un bouquet de lilas sur les lèvres.  

Tags :Amour, Lettre, Première fois

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Commentaires (16)

Bouche-sucettes_54

fleche

Par Mystéria / Karine | il y a 3 mois

c'est tout simplement magnifique. je ne peux pas faire le compte de toutes les phrases qui m'ont plu. et la fin!!! cdc. bravo!

Abus

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fleche

Par koukie | il y a 3 mois

Superbe!!!Superbe. Je ne trouve même pas les mots pour te dire à quel point cela m'a touchée. Bravo Seb et encore merci. Un coup de coeur car c'est vraiment un coup de coeur

Abus

Le_premier_baiser_54

fleche

Par Enki | il y a 3 mois

Toi buisson ardent et moi jambe de bois...il y a de quoi s'enflammer. Ce qui fut fait avec le baise moi que je n'ai pas aimé. Il faut reconnaître que le...texte tiens la distance. Bravo pour ta performance Seb. Un texte qu'on ne pourra plagier tellement l'auteur est talentueux et unique.

Abus

Colette_mg_9158_54

fleche

Par Colette Bonnet-Seigue | il y a 3 mois

Merci pour ce beau texte, superbement écrit!!! Quelle émotion!!! CDC!!!!!!

Abus

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fleche

Par Valérie Durif | il y a 3 mois

j'aime beaucoup, très beau texte

Abus

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fleche

Par Junon | il y a 3 mois

De l'émotion brute, forte.... un texte prenant, et de ces mots qui réinventent l'amour. Coup de coeur absolu, comme le moment vécu.

Abus

Mariage_marie___laudin__585__54

fleche

Par franek | il y a 3 mois

excellent,bravo cdc

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Abus

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fleche

Par Ysa | il y a 3 mois

CDC pour moi aussi, n'ayons pas peur des mots!

Abus

Pulbo_54

fleche

Par corinne Antorel | il y a 3 mois

Superbe texte. J'ai succombé.CDC ET Tous mes coeurs

Abus

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fleche

Par stef | il y a 3 mois

Bravo! A la fois splendide et émouvant! J'en frissonne encore et mon coeur aussi!

Abus

Matin_a_bo_3_54

fleche

Par Ysabel G | il y a 3 mois

Magnifique, énorme. CDC.Bravo

Abus

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fleche

Par Sophie Dulac | il y a 3 mois

C'est beau et sensible, un grand coup de palpitant !

Abus

Rat1b_54

fleche

Par Léo Noël | il y a 3 mois

Argh ! Au secours, je dois partir embaucher et ce texte qui veut pas me lâcher ! C'est terrible. Bravo pour l'utilisation de ces mots (d'autant plus qu'il y en a plein que je découvre sous ta plume !

Abus

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fleche

Par Orianne | il y a 3 mois

Magnifique texte. Où le corps à corps retrouve sa réalité, puissante et amoureuse, en intensité sans sallacité. MERCI.

Abus

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fleche

Par minalimanne | il y a 3 mois

Grâce à votre commentaire "Qui suis-je" de Mystéria j'ai lu quelques-uns de vos textes j'ai une préférence pour celui-là avec la "lettre fictive" en illustration très jolie lettre

Abus

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fleche

Par marielesmots | il y a environ un mois

Il n'y a pas d'autre mot " sublime" !!! , un bonheur de te lire

Abus

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