L'EVEIL

Actualité - Nouvelle

strawn - Ajouté le 04/08/2012 à 17:43

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1 décembre

 

 

J’ai ouvert les yeux. Lentement. Comme un lendemain de soirée d’anniversaire réussie. Au début, j’ai paniqué. Cette pièce si noire, la machine côté gauche qui fait des ‘bip’ sans s’interrompre, l’homme à côté de moi qui ronfle paisiblement. Tout est à la fois tellement étranger et tellement familier.

Ma tête me fait mal, j’essai de lever le bras mais mon échec est lamentable. Je me sens faible; mais après constat, je trouve ça assez normal pour quelqu’un couché dans un lit d’hôpital. Il y a des bruits de pas dans le couloir, je tourne la tête; la poignée de la porte bouge, un homme entre.

« Te voilà enfin réveillé. »

J’ai l’impression qu’il hurle presque, alors qu’après réflexion le timbre de sa voix est tout à fait normal.

Mes lèvres bougent, j’ai la gorge sèche, j’articule comme je peux.

« R…R…Ri…Rich…Richard. »

Le son est tellement faible que je doute un instant. M’a t’il entendu ?

« Oui mon vieux, c’est moi, mais sérieusement, évite de parler. »

L’interrogation doit se lire sur mon visage car il répond tout seul à mes questions sans qu’aucun sons ne sorte de ma bouche. Il s’assoit sur un coin du lit, et tire un mince rideau pour nous séparer de mon voisin de chambre qui continu de ronfler paisiblement.

« Alors, ça fait environ deux semaines que tu es cloué sur ce lit. Une mauvaise chute. »

Il esquisse un bref sourire.

Je me souviens vaguement avoir fait un malaise. J’ai l’impression que c’est un rêve.

« Notre première peur était que ta tête tape trop fort contre le sol. » Richard marque une courte pause puis reprend. « Il est très tôt, environ deux ou trois heures du matin. » Ce qui m’explique le sommeil profond de mon voisin. « Nous sommes le premier décembre. » Ce qui explique la guirlande rouge que je viens de remarquer au-dessus de ma tête.

Richard se lève. Il me dit de dormir un peu, qu’une infirmière va passer me donner un somnifère pour m’aider, que je me repose, et que je peux sortir bientôt si j’arrive à parler comme une personne normale et pas comme un type qui fume deux paquets par jour.

 

L’infirmière est passée peu après le départ de Richard, elle a attendu que j’avale mon cachet pour me faire un sourire, me souhaiter bonne nuit et partir. Sauf que ça fait deux semaines que je suis dans le coma total, elle croit quand même pas que je vais vraiment l’avaler son cachet ?

Donc après avoir simulé d’avaler ma pilule rose, je ferme les yeux pour essayer de me rappeler ce qu’il s’est passé.

J’ai des trous de mémoires. C’est toujours ce qu’on dit au patient, « c’est normal monsieur, ça ira mieux dans deux ou trois jours. » Je bouge un peu les bras, les jambes. Je passe deux ou trois heures à bouger tout mon corps. Je déteste être clouer sur un lit et me sentir faible.

Vers cinq heures du matin - je sais qu’il est cinq heures car j’entend un groupe d’infirmière saluer le groupe qui va prendre le poste - je me hisse hors de mon lit. J’ai la tête qui résonne comme si des ouvriers construisait un magnifique château à l’intérieur, mes jambes me portent à peine.

 

Je me traîne jusqu’au mur qui m’aide à me soutenir jusqu’à la porte. J’ai toujours cette histoire de chute en travers de la gorge, et je décide de sortir faire un tour dans les couloirs, en plus à cette heure-ci il n’ a pas grand monde. Les patients dorment, les infirmières se racontent leurs vies dans la salle de repos, et les médecins sont tellement fatigués qu’ils n’entendraient même pas la fin du monde arriver.

 

Je tourne la poignée et me glisse hors de la chambre. Par réflexe je touche mon menton, j’ai peur d’effrayer quelqu’un avec une barbe vieille de deux semaines. Je constate que je n’ai pas de barbe mais que mes cheveux ont beaucoup poussés. Je note dans un coin de ma tête qu’il me faut prendre rendez-vous chez un coiffeur.

Les couloirs sont déserts, et sentir un peu d’air frais autre que celui de ma chambre me fait aller mieux. Je passe devant des tas de portes, la plaque de l’une d’elle m’interpelle. Je lis à voix basse. « Docteur Richard Johnson - responsable coordinateur - médecin chef ». Je félicite Richard intérieurement pour sa rapide prise de grade, et pense à acheter une bouteille d’alcool quelconque pour l’occasion. Je marche lentement dans un dédale de couloirs, et je ne trouve plus le chemin de la machine à café. Je me dis que c’est grave de faire autant bouger les choses en deux semaines, et que mon cerveau est vraiment endommagé, alors qu’il devrait marcher correctement. Deux semaines de repos, en voilà du rêve pour un cerveau.

Mes pieds m’amènent devant la salle de repos des infirmières, je les entends parler. L’une d’elle semble effrayée.

« Il y a encore des arrivées, je suis tellement épuisée. Je crois que je vais parler avec le docteur, c’est tellement difficile de voir tous ces gens… »

Elle est interrompue par une autre femme, sa voix semble plus âgée.

« Hors de question, tu sais ce qui arrive quand on refuse de travailler. »

Je décide de passer mon chemin, des pleurs se perdent et résonnent jusqu’au bout du couloir.

 

Je ne sais pas ce que je cherche, une réponse à mon état comateux de ses derniers jours je pense. J’arrive dans une grande salle d’attente, elle est vide, sur le mur, les marques de décoloration de l’ancienne présence d’une télévision sont visibles. Je tombe nez à nez avec un plan de l’hôpital et décide de faire le point. Le bâtiment me parait étranger, pourtant j’y ai travaillé. Me voilà fasse à un dilemme, où suis-je ? Le gros point rouge me répond - vous êtes ici - dans une case marquée Salle d’attente Pavillon B. Mon cerveau tourne à plein régime, et malgré mon mal de tête je ne me rappelle d’aucun pavillon dans cet hôpital. Je cherche une légende.

Pavillon B. Long séjour.

Pavillon C. Court séjour.

Une question me frappe, et le Pavillon A ? Qu’en est-il du Pavillon A ? Si un type a était assez malin pour nommer Pavillon B et C, il doit bien y avoir un Pavillon A. Pendant que je continue de consulter le plan labyrinthique de l’hôpital pour trouver le pavillon manquant, quelqu’un m’interpelle.

« Monsieur ? Monsieur ? »

Je mets plusieurs minutes à comprendre que l’on s’adresse à moi. Je me retourne et trouve une infirmière avec un sourire qui veut dire - qu’est ce que vous faites hors de votre chambre ?

Je bredouille. « Me suis perdu… »

« Je vais vous raccompagner à votre chambre, ne vous inquiétez pas. » Sa voix correspond à celle de la femme qui répondait à la plus jeune dans la salle de repos.

Je hoche la tête en guise de - oui raccompagnez-moi. Pendant que je fais le parcours inverse en direction de ma chambre sous le regard de l’infirmière. J’essai de recomposer l’ancien plan de l’hôpital dans ma tête, mais les images restent floues. En levant les yeux, je constate sur une grande horloge qu’il est déjà sept heures.

La femme pousse la porte de ma chambre. Mon voisin a disparu.

Elle me sourit. « Il a changé de service » me dit-elle. Cette femme me donne la chair de poule. Je hoche la tête comme un idiot.

Elle ferme la porte. Je me retrouve donc seul.

 

La pièce comporte maintenant un seul lit. Je regarde la fenêtre, c’est une fenêtre anti-suicide, impossible de l’ouvrir donc. Mon lit est fait, il y un verre d’eau et des cachets posés sur la petite table. Tout est blanc, seuls les draps sont d’un bleu gris délavé. Il y a une armoire, je l’ouvre et constate qu’elle contient mes effets personnels.

Une pochette marron usée contenant des tickets vieux de deux ans. Mon passeport qui périme dans une vingtaine de jour, et quelques billets, assez pour prendre un taxi. Je trouve les clés de mon appartement, elles sont posées en évidence sur l’étagère. Le porte-clé que Vanessa m’a offert est toujours accroché même s’il est usé et que l’inscription est presque illisible. Je le regarde, et je peine à me souvenir pourquoi elle m’a offert cet objet. Il y avait une raison. J’ai oublié laquelle.

Je vide l’armoire et rassemble mes affaires, je trouve un pantalon, une chemise bleue avec une inscription « love Hawaii » - je n’ai jamais mis les pieds à Hawaii. Mes chaussures sont sous le lit, des vieilles baskets grises avec des semelles si fatiguées qu’il est impossible de lire la marque.

 

M’habiller me prend environ une heure. Je passe dans la micro salle de bain pour voir de quoi j’ai l’air. Mon reflet dans le miroir me fait l’effet d’une bombe, comme si ces deux semaines avaient été bien plus longues. Je suis rasé, barbe de trois jours minimum, cheveux affreusement longs, mes yeux sont rouges de fatigue, je suis maigre, et j’ai le teint grisâtre. Je ferme la chemise tout en me regardant dans le miroir, j’ai une tache noire sur l’épaule mais je n’y fait pas attention.

 

Je tourne en rond jusqu’au passage du médecin, qui refuse catégoriquement de me laisser sortir. Je demande à voir Richard. Il arrive peu de temps après. Il a l’air aussi fatigué que moi, sauf que son sourire est toujours étincelant et sa blouse toujours aussi propre. Je ne trouve même pas le temps de le féliciter pour sa promotion.

« Je te laisse rentrer chez toi Martin à condition que tu reviennes demain. »

Il me fait un sourire digne d’une grande publicité, je bafouille un merci, et me fait escorter jusqu’à la sortie de l’hôpital. Je repasse devant la salle d’attente, et vois le plan, je pose la question à Richard.

« Il est où le Pavillon A ? »

Richard me regarde avec des yeux comme des billes.

« Comment ? » Me dit-il.

« Ben oui, le Pavillon A, là c’est la Pavillon B, et sur le plan - je fais un signe de la main en direction du panneau - il y a même un Pavillon C. Depuis quand il y a eu une refonte des bâtiments en Pavillons ? J’ai dormi deux semaines, personne m’en avait parlé, pourtant jusqu’aux dernières nouvelles, je fais parti du comité de direction.

J’observe Richard. Il a l’air mal à l’aise; ou c’est peut-être la chaleur.

« Ah, oui, non, mais c’est normal, une décision rapide, un problème, pas assez de lits, trop de patients, la routine. »

Sa réponse me convient, et puis je pense juste à rentrer chez moi. Il me fait promettre de revenir demain. Je saute dans un taxi en donnant mon adresse par automatisme.

 

Mon appartement est le seul qui ne possède aucune fleur au balcon. Pas assez de temps. J’ai essayé pendant longtemps, mais impossible de faire vivre une plante plus de trois semaines. Je monte au deuxième, insère la clé dans la serrure et pousse la porte. Une sensation étrange m’envahit, les choses sont bien rangées, trop bien rangées. Je fais un bref tour, cuisine, salon, chambre, salle de bain, rien n’a bougé. Mais tout est propre. Je n’ai jamais été un maniaque du ménage. Je pense demander à Richard s’il a fait entretenir mon appartement pendant que je jouais avec Morphée. Je trouve mon téléphone portable dans la poche de mon pantalon, je l’allume, il indique 1 décembre, midi, deux messages. Je constate que je n’ai manqué à personne, et décide d’écouter les messages plus tard.

 

Par automatisme, j’enlève mes chaussures, fait sauter le premier bouton de la chemise et ouvre mon frigo; qui est plein. C’est encore un coup de Richard, c’est certain. Je pense vraiment à le remercier. J’attrape une bouteille de lait, sors la gamelle de Flint, et renverse du lait jusqu’au bord. J’ouvre la fenêtre qui donne sur le balcon et pose la gamelle sur le sol, côté droit, comme à mon habitude. Ma tête me fait mal.

Je m’appuis sur le balcon, et observe les jardinières des voisins. J’oubli un instant que j’ai passé deux semaines dans un profond coma, et tout d’un coup, un flash m’apparaît.

Je regarde en contrebas, je regarde la gamelle du chat errant pleine de lait frais, mon cerveau met du temps à connecter les éléments. Quelque chose ne tourne pas rond.

 

Je fais la relation avec l’infirmière qui m’a ramené à ma chambre sans me demander mon nom alors qu’il y a des patients à n’en plus pouvoir, le plan de l’hôpital qui change brusquement alors qu’il est impossible en deux semaines de changer toute une configuration des bâtiments. J’observe intensivement le lait.

Flint est mort il y a deux ans.

 

 

 

2 décembre

 

Je passe les dernières heures de mon retour chez moi à parcourir mon appartement de long en large. Essayant de faire une compilation de mes souvenirs plus ou moins absent.

 

Flint était un chat errant, il est mort bêtement. Il a glissé d’un balcon, et m’a prouvé ce jour là, qu’un chat n’a pas neuf vies. Flint venait régulièrement se reposer sur mon balcon, donc je lui donnais à manger, question de principes. Son départ m’a rendu très triste. C’est une histoire qui me pousse aujourd’hui à reconsidérer la mort, et la présence des personnes très proches de soi. Les pertes sont toujours très douloureuses. Je déteste la mort, même si elle la chose la plus naturelle du monde après la vie. Et pourtant, ce n’était qu’un chat.

 

Je pense un instant à mes doutes. Il est fréquent qu’au réveil d’un coma on fasse des choses que l’on a oubliées pendant un certain temps, mais deux ans. Deux ans est un laps de temps un peu trop long selon mon avis. Je pose la question au médecin que je suis et décide de retourner à l’hôpital voir Richard.

Je saute dans un taxi et donne l’adresse de ce qui était mon lieu de travail avant mon sommeil. L’homme me regarde avec des yeux ronds.

« L’hôpital Central vous voulez dire? »

« Ben l’hôpital quoi. »

Je l’entend qui me traite de dingue et de - les gens oublient tout. Il démarre.

Le trajet me semble affreusement long, je ne reconnais rien de la ville. Je n’y avais pas fait attention hier en rentrant. Il y a de grands écrans un peu partout; je colle mon front contre la vitre du taxi. Sur l’écran une présentatrice blonde se déplace du bord gauche au bord droit tout en présentant la météo de la journée, on devine qu’il fera beau avec l’apparition de gros points jaune sur toute la carte.

Je pose la question au chauffeur.

« Depuis quand c’est là ça ? » Je montre l’écran que nous laissons derrière.

Il me regarde comme si j’étais évadé d’un asile de fou.

« Faut sortir le dimanche mon vieux ! »

Le taxi s’arrête. Je jette un oeil par la vitre, une immense enseigne - Hôpital Central - désigne mon lieu d’arrivée.

Je descends, et insiste pour avoir une réponse. L’homme tire la portière et la claque. Il démarre en trombe.

 

Je réfléchis deux minutes sans regarder devant moi. Il me semble que le monde est à l’envers. Je fouille dans mes poches par réflexe et y retrouve mon téléphone. J’avais oublié les messages. Je décide de les écouter.

Les deux sont de Vanessa et tout deux disent la même chose.

« Passe me voir, tu économiseras du temps sur les questions que tu te poses. »

Je n’y comprend rien et décide de remettre à plus tard. Une habitude personnelle, de tout remettre à plus tard.

 

Je passe les portes de l’hôpital, il y a plus de monde que la dernière fois. Cependant les gens n’ont pas l’air de gens malades. Ils ont l’air inquiet, mais pas souffrant. Dans un coin isolé je remarque un petit garçon assis en tailleur, les mains jointes. Il prie.

Je m’approche de l’accueil et demande à voir le Docteur Johnson. On me dit de patienter un instant.

Je vais attendre dans la salle prévue à cet effet. Je m’arrête étudier le plan de l’hôpital pour la deuxième fois en vingt quatre heures. Je suis plongé dans une intense lecture de la légende quand on m’interpelle.

« Martin ?! »

Je me retourne, il s’agit de Richard. Ses yeux sont encore plus fatigués que la vieille, et je suis toujours aussi jaloux de son sourire publicitaire.

« Je ne t’attendais pas aussi tôt, que se passe t-il ? Tu te sens mal ? »

Richard m’observe avec des yeux inquiets. Je profite de la faille et demande calmement.

« J’ai dormi combien de temps ? »

Richard me répond comme une machine bien programmée.

« Environ deux semaines. Tu m’as posé la même question hier… »

Je saute sur l’occasion et l’interrompt.

« Non, je dors depuis combien de temps réellement. » Ma question n’en est pas une, j’affirme que je sais, alors qu’il n’en est rien. Mais les doutes que j’ai sont tellement grands que mon assurance est la seule porte de sortie vers la vérité.

Richard semble perdre vingt bon centimètres, et me dit à voix basse « suis-moi. »

 

Je parcours un dédale de couloirs vaguement familiers, je passe devant des dizaines de portes, pour enfin finir devant celle du bureau de Richard. La plaque brille, la seule question qui me hante en la voyant et de savoir si quelqu’un passe un coup de chiffon dessus tous les jours.

Richard ouvre la porte et m’invite à rentrer. Le bureau est spacieux, il est encombré de livres de toutes sortes. Au mur, les diplômes de Richard fièrement affichés dans des cadres que je trouve hideux, des photos, et l’espace d’un instant je crois apercevoir une vieille photo de nous à l’ouverture du Pavillon de psychologie, coupe de champagne dans une main, petit four dans l’autre. Richard me tire de mon observation minutieuse.

Il passe derrière son bureau et s’assoit lourdement dans son fauteuil.

« Ecoute Martin. »

Je le regarde, je ne peux pas faire autre chose qu’écouter. Je cherche une chaise pour m’asseoir moi aussi. J’en trouve une dans un coin et l’apporte devant le bureau pour faire fasse à Richard.

« On a beaucoup travaillé ensemble toi et moi. La création de ton Pavillon de psychologie a été une grande histoire. » Il esquisse un sourire. « Tu as fait un bon boulot pendant ses dernières années. »

Je le coupe.

« Depuis combien de temps Richard ? »

 

Dans le bureau il fait plutôt frais, mais Richard transpire. Il ouvre le premier bouton de sa chemise. Il sort un mouchoir de sa poche et se tamponne le front avec. L’attente est trop longue. Je tape avec mes doigts sur l’immense bureau, c’est le seul son que l’on entend pendant quelques minutes.

« Environ deux ans, plus ou moins. » J’écarquille les yeux. « Je ne me rappelle plus de la date exacte. » Richard se sent mal.

« Comment ça deux ans ?! » Je hurle, me lève par pur réflexe, et me rassoit instantanément. Je sais, ou je crois savoir comment mais je veux l’entendre de sa bouche.

Richard s’enfonce encore plus loin dans sa chaise. Il me donne l’impression d’être une glace en plein soleil.

« Je ne voulais pas te mentir Martin, mais j’ai des ordres de personnes beaucoup plus influentes que moi - il désigne le plafond - tu es resté dans cet état pendant environ deux ans, un peu moins je crois, j’ai pris soin de ton appartement et… »

« Et tu as échoué. » Je mime un bonhomme qui tombe avec mes mains. « Tu as essayé de manipuler mes souvenirs pour que je ne doute pas. Tu as perdu la tête, tu m’as pris pour une expérience ? »

Richard utilise toujours son mouchoir qui commence maintenant à être de plus en plus trempé. Il me regarde avec des yeux tristes comme pour me dire, ce n’est pas ma faute. Je récapitule à voix haute et avec mes doigts.

« Tu m’as fait dormir deux ans, en essayant de me faire croire que c’était deux semaines, tu as tripoté mon cerveau, et tu le vis bien sinon ? »

Richard ne sait pas ou se mettre.

« Tu te souviens, de l’étude que tu faisais sur les souvenirs ? Ça doit remonter à quatre ou cinq ans. »

Je marque un temps d’arrêt et fouille dans ma mémoire, j’ai du mal mais je finis par savoir de quoi parle Richard.

 

J’avais mis au point un système d’hypnose pour manipuler les souvenirs, faire en sorte que les gens oublient certaines choses négatives qui pouvaient avoir une influence néfaste sur leur guérison. C’était un très gros programme de recherche, grâce auquel on avait ouvert le pavillon de psychologie dont j’étais le responsable.

Richard respire profondément.

« On a développé l’idée. Pour manipuler des souvenirs jusqu’à dix ans en arrière, mais pour cela il faut des dossiers complet sur les gens. Jusqu’à aujourd’hui on avait jamais eu de faille. » Il marque une pause, tire sur le col de chemise. « Ou très légères, je ne comprend pas. »

 

Je décide de ne pas dire à Richard ou est la faille. Il reste une question cependant.

Je demande.

« Pourquoi ? »

Le mouchoir de Richard est désormais inutilisable. Il essuie sa transpiration avec le revers de sa manche.

« Tu avais un comportement étrange, alors on a décidé - Richard marque une pause - Il y a beaucoup de choses qui ont changées. Beaucoup. Et tu es une chose qui a changée, alors j’ai fait ça pour des raisons spéciales, pour ton bien. Je risque ma place Martin si je te parle de ses choses là. Notre amitié ne vaux pas que je perde tout. Tu connais ma femme, ses goûts… »

Je pense un instant à la femme de Richard, Félicia. C’est une belle femme, qui aime uniquement les hommes riches. Je me suis longtemps demandé si elle aimait vraiment Richard, ou si elle aimait uniquement son compte en banque. Après des années de fréquentations j’ai décidé que c’était une question qui ne me regardait pas.

Je comprends ce que veut dire Richard, mais je ne comprends toujours pas quel danger je représente en tant que - chose - qui change.

Alors que je m’apprête à poser la question la porte s’ouvre à la volée. J’ai la bouche ouverte comme une carpe.

 

Un homme rentre. Je ne le connais pas. Il arbore un costume très cher, une coloration capillaire blonde et une aura qui hurle : « je suis le chef. »

Je me lève. Il me sourit, « Martin, nous sommes tellement heureux de votre réveil. »

Richard est vert, ou peut-être gris, il se lève aussi et tend une main faiblarde vers l’homme en costume. J’observe Richard, il a du mal à déglutir, et me fait non de la tête. L’espace d’un instant, un effroyable constat traverse mon esprit.

Cet homme est dangereux.

 

« Nous ne nous étions pas encore rencontrés, je suis le nouveau directeur. Suite à votre petit souci - il fait mine de s’endormir - vous reprendrez le travail dans un mois ou deux, le temps de votre convalescence. Cependant nous vous prions de passer à l’hôpital le plus souvent possible afin de réaliser votre suivi avec minutie. »

Les informations qu’il débitent me paraissent aberrantes, mais le fait de ne pas perdre mon emploi me rassure. Son sourire publicitaire ne vaut pas celui de Richard, mais celui d’un requin affamé.

Il regarde Richard et le fusille du regard.

« Votre conversation s’achève ici messieurs. Martin, veuillez nous laissez, mes amis vous raccompagnerons. » Il désigne deux hommes énormes qui attende sur le pas de la porte.

Je nage en plein délire.

 

Quand je passe la porte, Richard m’interpelle.

« Tu me diras pour le barbecue Martin. » Il me fait un signe de la main. Je capte le mensonge en une micro-seconde.

Je répond un oui que je veux très enjoué. Que Richard se retrouve avec plein d’ennuis, voilà quelque chose que je ne lui souhaite pas. Cependant je veux quand même savoir pourquoi, comment, et avoir la réponse à toutes les autres questions que je me pose.

 

Je passe devant la salle d’attente, le petit garçon lève la tête et m’observe, il joint ses mains et recommence ses prières. J’ai l’impression qu’elles sont pour moi.

 

Les deux monstres de muscles me raccompagnent jusqu’à ce que je dépasse la porte principale et marche dans la direction opposée à l’hôpital.

 

Mes pieds me transportent jusque devant un écran géant où quelques badauds sont rassemblés. Je décide de faire comme eux, et regarde ce qu’il se passe.

Une jeune femme, brune cette fois-ci, présente avec tristesse la carte du monde.

On devine que certaines zones sont en conflit, j’observe avec intensité la carte. Je mets un certain temps à me rendre compte que quelque chose cloche. Il manque un énorme morceau à cette carte.

Je pointe l’écran du doigt, et m’exclame à voix haute.

« La Chine ! »

 

Il manque la Chine sur la carte. Elle a disparue.

 

Les gens me regardent et prennent garde de laisser quelques mètre entre eux et moi. Je suis sous le choc. Il se passe quelque chose de grave, je ne comprend rien. Je me sens mal, j’essaie de récapituler mais rien ne s’emboite comme un puzzle, cela me contrarie. Je n’ose pas demander pourquoi il manque un si gros morceau de terre de peur d’être ramener à l’hôpital et devoir y rester pour de bon cette fois-ci.

J’oublie mes problèmes pendant quelques minutes. Et décide d’aller voir Vanessa.

J’arrête un taxi, saute à l’intérieur. J’ai du mal à me souvenir de l’adresse mais le chauffeur est un homme compréhensif.

 

Vanessa habite un quartier simple, les maisons sont toutes identiques. La sienne est cependant la seule qui possède une boîte à lettre rouge vif. Quand je m’approche, je remarque qu’il y a seulement son nom et prénom sur la boîte, sa plaque n’y est plus.

Je ne sonne pas, et passe le portillon en fer. J’arrive devant la porte d’entrée et réalise que je suis toujours mal coiffé. Je frappe deux fois contre la porte et me rend compte que le soleil se couche.

La porte s’ouvre. Je souris. Vanessa n’a pas changé. Elle parait toujours aussi jeune. Elle me rend mon sourire.

« Tu en as mis du temps. » Me dit-elle.

Je répond du tac-o-tac « Tu sais comme je suis. »

 

Je passe la porte, dans un coin, couché, il y un gros chien. Je m’interroge et pointe l’animal du doigt. « Depuis quand tu as ce gros tas de poils? »

Vanessa me fait un triste sourire, dégage ses cheveux et me regarde dans les yeux.

« Beaucoup de choses ont changées. »

 

Je sens mon visage se crisper. Vanessa est aveugle.

 

 

3 décembre

 

J’ouvre les yeux. Le chien de Vanessa est couché à côté du canapé et m’observe. Il s’assoit quand je me relève.

J’essaie de me mettre sur mes deux pieds mais je retombe sur le canapé tel une poupée de chiffon. J’entends des bruits de pas, et me retourne. Vanessa me tend une tasse chaude.

J’observe l’intérieur, c’est du thé.

« Je n’aime pas le thé. » Je fais une moue de dégoût.

Vanessa insiste. « Bois. » Elle met ses mains sur ses anches comme une mère qui donne des conseils à son fils.  « Tu t’es évanoui en me voyant. Evite la prochaine fois, j’ai du demander à Titus de m’aider. » Le chien bouge les oreilles, et je devine que c’est lui le fameux Titus. Je touche la manche de ma chemise, elle est pleine de bave. Je maudis et remercie le chien à la fois.

 

Je fais mine de plonger mes lèvres dans le breuvage, la chaleur me monte au visage et me procure un certain bien-être. Je regarde le fond de la tasse avec conviction comme si j’y cherchais des réponses aux multiples questions que je me pose.

 

« Comment ? » Je demande.

Vanessa s’assoit lentement à mes côtés, le chien pose mollement sa tête sur ses genoux. Elle le caresse.

« Il y a beaucoup de choses… »

Je la coupe, « qui ont changées…Je sais. Est-il possible d’avoir des réponses au lieu d’obtenir la même comptine à chaque fois que je pose une question ? »

 

Je sens que mes nerfs me lâchent. J’essai de me reprendre.

 

Vanessa soupire. Je sens venir la longue tirade explicative. Je suis comme un enfant devant un arbre de Noël, mais au lieu de cadeaux, je veux des réponses.

« Je ne sais pas trop par où commencer. Tout d’abord, et tu dois déjà le savoir tu as dormi environ deux ans. Richard t’a maintenu dans une espèce de coma, et à passer beaucoup de temps à triturer ta tête tout en te maintenant en vie grâce à des prouesses médicales digne d’un film de science-fiction. »

 

Je fais une grimace quand Vanessa parle de ma tête.

 

« Pourquoi est-ce que je me suis réveillé maintenant ? » Je demande.

« Parce qu’il y a toujours une bonne raison. Les Eveils sont rares, car la médecine de ces deux dernières années fait en sorte de maintenir les gens sous contrôle, mais personne ne peut empêcher un Eveil. »

 

J’ai du mal à comprendre. J’insiste, « les Eveils ? C’est à dire que je me suis réveillé par magie et que c’est normal? »

Vanessa continue, « pour résumer simplement, oui. Il y a en toi quelque chose de différent, qui s’est déclenché il y a environ deux ans. C’est ce quelque chose qui a fait que tu t’es retrouvé dans cet état. C’était à mon retour du Mexique, tu faisais des rêves étranges tu te rappelles ? Tu disais que c’était à cause de la création de ce pavillon et des gens qui venaient te consulter de plus en plus souvent. Un jour tu as fait un malaise, tu étais dans mon salon, et tu ne t’ai pas réveillé. J’ai appelé Richard, il est venu en personne, tu n’es pas revenu avant aujourd’hui. » Vanessa marque une pause.

« Sauf que rien n’est un hasard Martin. Il y quelque chose de plus grave. Le monde est fou. La carte est différente, les choix des médecins dirigent une partie de la population. Les esprits sont sous contrôlent.»

 

Vanessa tapote sa tête, et s’attarde sur son visage.

« Tu sais qu’avec mon don, j’ai toujours vu des choses, tu sais aussi que c’est ce qu’y pendant longtemps m’a permis de faire trois repas par jour. »

Je sais que Vanessa parle de son don de voyance. Je n’ai jamais cru aux histoires de voyance jusqu’au jour où j’ai rencontré Vanessa. Elle m’a convaincu après m’avoir sauvé la vie. Elle a toujours rencontré des clients pour des consultations plus ou moins loufoques, mais elle voyait aussi des choses plus graves. Des esprits, des trucs de ce genre. Je ne me suis jamais trop posé de questions, car c’était mieux ainsi.

 

J’ai du mal à formuler la question. « Pour tes yeux ? Comment ? »

Vanessa a un sourire en coin, « demande à ton ami Richard. » Elle insiste sur le mot ami. Je sens une pointe de rancoeur dans sa réponse. J’ai du mal à déglutir. Je devine que la disparition de sa plaque qui annonçait son statut de voyante n’est pas anodin.

 

« Je suis dangereuse Martin, je vois des choses, alors pour ne plus voir… »

Je finis la phrase, « ils t’ont enlevé tes yeux. »

« Et ils voulaient te garder sous contrôle Martin, parce que tu es comme moi, tu as un rôle à jouer dans tout ce bazar. Mais eux, ils ne veulent pas que ça change. »

Je regarde Vanessa, elle me parait fragile, j’ai envie de la prendre dans mes bras, mais je suis effrayé à la fois. « Quel rôle je dois jouer Vanessa ? »

Elle me regarde tristement, « je ne le sais pas Martin. »

« Et pourquoi ? De quoi parles-tu quand tu dis que ça ne doit pas changer ? »

 

Vanessa inspire. « Ils ne veulent pas empêcher la fin de la civilisation Martin. »

Je reste sans voix, je lève le doigt comme pour agrémenter ma future explication. Je me ravise en quelques secondes, observe Vanessa et me souviens tout à coup qu’elle ne me voit pas.

 

Elle sourit. « Je ne suis pas si aveugle que ça Martin. » Mon don me permet de voir d’une certaine façon. Elle caresse la tête de Titus qui fait mine de dormir sur les genoux de sa maîtresse. Je désigne le chien du doigt. « Tu m’expliques le chien alors. »

Le gros chien noir à l’air heureux, il bave beaucoup, prend de la place, et Vanessa n’avait jamais formulé l’envie d’avoir un animal de compagnie.

 

« Parfois, il faut faire croire aux gens que l’on ne voit pas, s’ils savaient, je serais encore enfermée entre quatre murs, avec une caméra braquée sur moi vingt quatre heures sur vingt quatre. »

Je me lève d’un bond, « depuis quand il y a des caméras dans les chambres? »

« Depuis que les patients sont devenus aussi intéressant que des bêtes de foire. » Vanessa m’observe avec un regard vide.

 

Je marque une longue pose et ose la question fatidique.

« Ils ont utilisés mes recherches c’est ça, mes recherches sur la mémoire. Richard m’a fait entendre que je n’étais pas le seul à avoir eu ce léger contre-temps de sommeil. »

 

Vanessa tapote le canapé. Je me rassois. Titus change de genoux et vient baver sur les miens.

 

« Mais tout le monde n’a pas ta chance Martin. Quand on manipule les esprits comme tu as pu le faire, pour effacer des choses simples c’est un fait; mais quand on veut faire croire aux gens qu’il est normal de se réveiller, et de voir, à son chevet, des enfants grandis, une femme avec des cheveux blancs, un reflet grisâtre dans le miroir, ça c’est un problème. Les gens ne posent plus de question car ils ont peur. Les rumeurs disent que la Chine en posaient trop.»

Je repense un instant à la carte du monde vue sur l’écran géant. La Chine, absente de cette même carte, un frisson me parcours le dos. Qui peut décider de raser un pays entier, qui a le pouvoir de le faire, et surtout comment.

 

« Les gens deviennent fous Martin, certains s’adaptent, une poignée de chanceux se rende compte comme toi, et attende pour voir ce qu’il va se passer. Mais la folie guète l’humanité. Si la médecine continue de brider les esprits dans le seul but de maintenir vivant un monde voué à la déchéance, alors tout sera perdu. »

 

La grande horloge sonne trois heures du matin. Une mauvaise habitude ses derniers temps de ne pas avoir d’horaires normaux. Mon ventre fait un bruit de faim apocalyptique. Vanessa me regarde.

« On passe à table dans dix minutes. » Elle se lève, et Titus se met à la suivre en sautant partout.

 

Vanessa disparaît dans la cuisine, je ne lui propose pas mon aide, je suis capable de faire brûler une pizza commandée chez un livreur. Je m’attarde sur le salon de Vanessa. Il y a beaucoup de livres mais ils ont tous une énorme couche de poussière, le reste de la maison est étincelant. La vérité me frappe à nouveau, il n’y aucun intérêt pour une aveugle à entretenir une collection de livre, je me trouve stupide l’espace d’un instant.

Il n’y a pas la télévision, pourtant aussi loin que je me souvienne il y en a toujours eu une dans le salon. Je me lève d’un bond et me propulse en un instant dans la cuisine.

 

Titus ronge un os dans un coin, il ne lève même pas les yeux quand je rentre dans la cuisine.

« Vanessa ? »

Elle ne se retourne pas, et mélange de la tomate à ce que je crois être de la viande.

« Ne t’avise pas de t’approcher de ma cuisinière. »

 

« C’est quoi le délire avec les écrans géants ? Ils sont tous devenus myopes dans cette ville ? »

 

Vanessa prend le temps d’arrêter le feu, et en un éclair elle dispose deux assiettes sur la table et les remplit aussi vite. Elle m’invite à m’asseoir.

« La télévision est interdite Martin. »

Je regarde avec intensité mon assiette et devine que je n’ai rien mangé de réellement consistant depuis deux ans. L’information que Vanessa vient de me donner me percute de plein fouet.

« Pardon ? » Je bafouille avec la fourchette prête à être engloutie par ma bouche.

« La télévision a été interdite, car les dirigeants se sont vite rendu compte que l’on pouvait capter des ondes pirates. C’est à dire qu’il y des gens qui sont assez fous pour essayer de montrer la vérité au monde, sauf qu’ils ont si peu de moyens pour y parvenir. »

J’écoute Vanessa, et acquiesce. Je n’ai jamais eue la télévision donc je n’éprouve pas une grosse perte, mais je trouve l’idée de la supprimer totalement ahurissante.

« Ils ont réussi, il y a environ dix mois, le même programme en diffusion sur toutes les chaînes. Ils expliquaient comment les médecins manipulent la mémoire, pourquoi la Chine avait disparu, et d’autres choses que tu as loupées pendant ton sommeil de princesse. Le fait de mettre des écrans géant, ça permet de garder l’information sous contrôle, de faire voir que ce que l’on veut. A force de voir des cartes sans la Chine les gens sont habitués. »

J’avale avec difficulté, « oui ben moi ça m’a fait un choc. »

Vanessa fait oui avec la tête. « Imagine des millions de gens dans ton cas, des gens qui n’ont plus aucun souvenir d’avant, des têtes vides, sans rien, sans passé, sans présent, sans futur. Des esprits facile à modeler. »

 

Je pousse mon assiette encore pleine, mon appétit est parti.

Je me prends la tête entre les mains, « je n’ai jamais voulu que mes recherches soient employées dans ce but là, jamais, je voulais juste que les patients guérissent et qu’ils oublient leurs petits soucis. »

 

Je sens comme le poids du monde sur mes épaules. Je me souviens que Vanessa m’a appuyé pour ce projet, elle m’a conseillé, j’avais des doutes, elle les a écartés du revers de la main. J’avais peur de faire du mal aux gens en manipulant une simple parcelle de leur esprit, et voilà que je me retrouve à être le jouet de ma propre création, me rendant compte de mes erreurs après un sommeil interminable.

« Tu n’as pas à t’en vouloir, tu ne pouvais pas le deviner, personne ne pouvait, même pas moi. C’est quelque chose qui a mis du temps à se mettre en place, lentement. Ils se servent de ton projet, mais il y en a d’autre, dans toutes les disciplines médicales et ailleurs. »

 

Je me sens las, une vague de fatigue m’envahit, j’éprouve de mauvaises sensations, et sais qu’il me faut retourner voir Richard. Je songe un instant à la manière dont on m’a gentiment reconduit jusqu’à la porte hier. Je pense aussi à Richard, et l’écarte vite de mes pensées quand je sais ce qu’il a fait à Vanessa.

 

« Je ne comprend pas Vanessa. Les hommes ont fait des bêtises, d’accord, la pollution, couper des forêts, détourner des rivières, mais on nage en plein film non ? Je me réveille après deux ans à cause de mon propre projet inventé pour aider des gens, les télévisions sont des écrans géants, mon soit disant ami ta enlevé la vue, même l’hôpital, mon ancien lieu de travail n’est plus pareil, et tu as même un gros chien qui bave… » Je marque une pause qui parait une éternité. Titus se lève à cause de tout le bruit que je fais et se rapproche de Vanessa.

 

Cette dernière pousse son plat, me prend les mains et me regardent dans les yeux. L’espace d’un instant je crois apercevoir son regard d’autrefois.

 

Elle articule distinctement.

« Je te parle de la fin du monde Martin. » L’expression de Vanessa en dit long sur la gravité de la situation.

 

Dans ma tête tout s’enchaîne.

Le compte à rebours a déjà commencé.

Tags :Concours apocalypse, Medecine, Actualité, Fin du monde, Amitié, Psychologie

Commentaires (2)

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Par Lucif | il y a 7 mois

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