Lycantropia

Autre - Autre

Fabien DUMAITRE - Ajouté le 09/05/2012 à 20:58

Certifié le : 09/05/2012 à 20:59

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    Le crépuscule fondait sur la plaine à l’agonie. Des milliers de corps sans vie jonchaient le sol sec et craquelé de cette vaste étendue désertique. Dans le ciel, les charognards formaient de grands cercles avant de piquer sur les cadavres décharnés des soldats terrassés. De grosses mouches noires à l’abdomen couvert d’un duvet bleuté voletaient autour des corps en décomposition se posant de courts instants sur les plaies béantes et les extrémités des membres tranchés pour se nourrir du sang séché et des morceaux de peau putréfiés. Aux abords de ce gigantesque charnier, les renards des sables, affolaient par l’odeur du sang, déchiquetaient à grand coups de dents les dépouilles des jeunes fantassins aux visages figés de terreur.

    Le martèlement des sabots d’un cheval lancé au galop résonna dans l’immensité désertique. Toute la faune qui s’agglutinait sur les pauvres hommes aux corps meurtris et aux visages défigurés s’éclipsa. Un bruit tel que celui-ci était inhabituel en un lieu aussi reculé et les sales bêtes qui dévoraient tripes et boyaux encore chauds d’une journée d’un soleil brûlant étaient plus connues pour leur voracité que pour leur courage face au danger. Le destrier s’arrêta à une dizaine de mètres du champ de bataille. Il était monté d’un homme vêtu d’une tunique noire et de bottes en cuir s’arrêtant au-dessous des genoux. Sa longue chevelure brune dansait au gré des puissantes bourrasques de vent qui balayaient le sol avec force. Il faisait encore chaud en ce début de soirée. Les derniers rayons du soleil jaillissaient de l’horizon comme pour étreindre une dernière fois cette terre de désolation. L’homme retira ses deux pieds des étriers, passa sa jambe gauche par-dessus la superbe crinière du cheval avec une certaine agilité puis sauta à terre. Il prit la gourde accrochée sur le côté de la selle et versa un peu d’eau dans le creux de sa main avant de la passer sur le museau de sa monture. L’animal s’abreuva du liquide puis s’ébroua de contentement. L’homme but à son tour puis raccrocha la gourde à la selle. Il flatta l’encolure de son compagnon de route qui hennit puissamment. Le bruit déchira le silence tel un coup de tonnerre. L’homme prit un morceau de menthe fraîche dans sa poche droite. Il fit deux petites boules avec les feuilles à l’odeur d’eucalyptus  prononcée qu’il glissa dans ses narines puis il saisit l’arbalète suspendue sur le côté de la selle en peau de buffle avant de se diriger vers ce qui avait été le théâtre d’une violente et sanguinaire bataille. Il se fraya un chemin à travers des dépouilles à moitiés dévorées. Le spectacle était terrifiant. Sur sa gauche, une jeune femme gisait sur le dos totalement nue, une lance lui traversant le torse au niveau du cœur. Il s’approcha d’elle en restant sur ses gardes et lui donna un léger coup de pied dans les jambes. Aucune réaction. Le visage et les mains de la femelle étaient maculés de sang. D’un geste hésitant, il glissa sa main sous la tête de la créature et prit son pouls. Rien. Aucun battement. Elle était bel et bien morte. Soudain, un gémissement le fit sursauter. Il tourna la tête brusquement et localisa d’où venait le bruit. A quelques mètres de là, un homme au dos lacéré rampait parmi les cadavres. Le cavalier solitaire saisit son fouet et le fit claquer au-dessus de sa tête. Puis, d’un geste habile, il visa le type au dos meurtri. La lanière de cuir s’enroula autour de son poignet. Il tira vers lui d’un coup sec et l’homme se mit sur le dos dans un cri de souffrance atroce. Il avait les yeux d’un jaune cuivré qui dégageaient quelques choses d’animal. Leurs regards se croisèrent pendant d’interminables secondes puis l’homme au fouet prit la parole d’un ton chargé de haine.

    -Où sont partis les autres ?

    Le type esquissa un sourire mais ne répondit pas regardant toujours fixement son interlocuteur de ses yeux brillants de douleur. Il fut pris de convulsions l’espace d’un instant puis recracha du sang dans une toux rauque. Le vent soufflait toujours aussi fort sur la morne plaine. La lune fit son apparition ronde et pleine dans le ciel sombre.    

     

     

     

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Fabien DUMAITRE

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