Society’s nigthmare

- Nouvelle

Twisted Cross - Ajouté le 28/05/2010 à 19:13

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        Society’s nigthmare

     

     

     

     

    -Putain de monde de merde, fut la première phrase qu’il prononça. « Il » c’est un type que j’ai rencontré dans un bar au détour d’une cuite. Dans certains milieux on le qualifierait de marginal, dans d’autres de raté ou de looser. Dans mon milieu, on dit juste que c’est un cadavre en sursis. Piqué dans chaque veine de son corps, défoncé 24/24, prêt à bouffer toute la merde coulant dans les égouts de la ville pour un gramme de came. Mais revenons à la conversation qui nous lie.

    - Bien d’accord avec toi, on vit dans un monde fait d’excrément et qui gagne sa vie en faisant le tapin, lui répondis-je avec un sourire engageant.

    - Nan, man tu ne capte pas, ce que je dis c’est que tout est pourri, la vie c’est un vaste bordel où on pige nothing de bout en bout.

    - Ouais si je comprends bien, t’es la dernière victime en date d’une tragédie millénaire se jouant des hommes et de leurs destins, tu as profondément conscience de l’inexorabilité du malheur et tu es actuellement à la recherche d’un palliatif qui te permettrais d’oblitérer momentanément ton désespoir

    -Hein ?

    -Tu cherche de la dope ?

    -Ouais, sûr ! T’a quelque chose de bien ?

    -Des amphets, pire défonce assurée, rejoins moi derrière dans 5 minutes, je te montrerai tout ça.

    A ces mots le type sort du bar, je finis mon verre à petites gorgées et sort à mon tour. D’un pas que l’on ne peut pas qualifié de sûr, je contourne des flaques boueuses et le rejoins. Son impatience est palpable, il tremble et fais de légers mouvement incontrôlés.

    -Alors, tu me fais voir ce que t’as ?

    -Bien-sûr, mate donc, ça c’est certain que ça va te calmer pour un moment.

                D’un geste qui se veut professionnel, je lui coupe la jugulaire à l’aide du cran d’arrêt que je tenais caché à l’intérieur de ma main. Je le laisse se vider de son sang paisiblement avant de lui faire les poches. Pas grand-chose d’intéressant mais je savais parfaitement qu’à victime minable, butin minable. Et puis avec un junkie pas de risque, pas de problèmes, pas de remords. Il serait mort d’une façon ou d’une autre dans peu de temps et il n’aurait pas hésité à me faire la même chose si son prochain fixe avait été l’enjeu, pas la peine de torturer sa conscience pour ça quoi.

                 De retour à mon appart, je n’ai pas d’effort à faire pour me plonger dans le sommeil. Après une longue nuit qui déborda largement sur le jour, j’avais la tête dans un nuage de ouate, mes activités de la journée allaient être très limitées. Ne voulant pas recourir à la coke de si bon matin (15h30 tout de même), je me rabats sur une tasse de café serrée. Tête à peine extraite de mon fondement, je décide d’investir les quelques biffetons volés sur ma victime dans la reconstitution de mon stock de beuh et sort donc de chez moi. J’habite dans un immeuble assez chic, au loyer élevé, souvenir d’un temps où je n’étais pas fauché. Il y’a à peine quelques mois, je vivais dans l’aisance grâce à un bizness juteux, un pote fabriquait des acides et moi je les écoulais peinard. De nos jours la demande de défonce devient gigantesque, si les gens pouvaient se shooter avec des excréments, tu peux être sûr qu’ils arriveraient à se fourrer la langue dans le cul. Mon pote s’est fait crever par un connard qui voulait lui braquer du fric et moi je me retrouve avec trois mois de loyer en retard et un proprio qui attend que l’été pour me virer. Je passe devant l’appartement attenant à mon palier, par les indiscrétions de ma concierge, j’ai appris que c’était la veuve d’un gros banquier d’affaire bien riche. Certainement des trucs intéressants à chourer, mais le problème c’est qu’elle sort jamais la vieille et puis elle a surement un système d’alarme de dingue. Je ne suis pas vraiment un as de la cambriole, je suis plus surineur du dimanche que monte-en- l’air.

                Je chope ma weed en vitesse chez un gars que je connais, il a fait un BEP agriculture spécialité culture hydroponique. Son herbe déchire bien, mais je n’ai pas eu grand-chose vu le peu de fonds dont je disposais, je ne tiendrai pas longtemps avec ça. Marre de la dèche, je passe à Castorama et achète un pied de biche. Je vais le fracturer l’appartement de la vieille, faut avoir des couilles de temps en temps.  Aussitôt rentré, je me pose et me met à fumer, je cogite sur l’opération « casse chez la veuve ». Le plus simple c’est de péter la porte en douceur, puis de neutraliser la vioque et piller tranquille ce qu’il y’a à piller. Les joints se consumant l’un après l’autre, ma volonté fléchissait doucement, je pensais mater un film puis dormir, le cambriolage sera pour plus tard, ma fainéantise habituelle reprenait le dessus.

    Petit à petit, poussé par les effluves psychotropes, mon cerveau commence à cogiter et à introspecter. Le bilan de ma vie est lamentable, j’ai vingt quatre ans, je n’ais jamais eu un seul emploi régulier de ma vie, je n’ais aucun avenir, aucun projet, je surnage jour après jour dans un océan de vacuité. Le crime paie, mais avec le mépris d’un client qui donne de l’argent à une pute encore dégoulinante de son sperme, j’en ai marre des petits trafics et des combines à deux sous. Tout me fait chier, je hais ce que je suis et la condition dans laquelle j’évolue, il est temps que je me prenne en main et que je change mon quotidien pour lui donner un minimum d’intérêt, sinon je vais me pendre. J’accorde si peu d’importance à la vie humaine qu’il ne serait pas bien difficile de mettre fin à la mienne. Une inspiration en forme de projet d’avenir me vient alors, je fauche chez la vieille voisine puis je change d’appart et essaye de reprendre les cours, histoire de m’occuper, je pourrais même me prendre un petit boulot en parallèle comme ça je n’aurais pas trop le temps de faire des conneries.

                 Il est 2 heures du mat, plus un chat dans l’immeuble, ma victime doit ronfler. Je me décide enfin, à fracturer sa porte. Malheureusement, une porte ça ne s’ouvre pas aussi facilement que dans les films, avec mon pied de biche je trime au moins une dizaine de minute pour parvenir à la forcer. A peine je pénètre dans l’appartement que des cris de femmes apeurées me parviennent, mon effraction n’a pas été aussi silencieuse que je le désirais. Je ne dois pas perdre de temps, neutraliser la vieille avant qu’elle rameute tout le quartier est la priorité. Je fonce vers la pièce où elle s’est enfermée, je casse la porte sans me soucier du vacarme cette fois-ci. Oh surprise, la croulante n’est pas seule, une autre meuf est avec elle, certainement sa fille, à en juger sa gueule de baleine desséchée qui est très semblable à celle qu’arbore l’ancêtre.

    « Oh mon Dieu ! Oooh mon Dieuuu ! » Hurle frénétiquement cette dernière.

                Implorer un Etre Supérieur que je ne reconnais pas ne changera rien à son sort, il faut qu’elle la ferme donc je lui balance un grand coup du pied de biche, que je tiens toujours à la main, à travers la tête. Le choc est violent, son visage s’enfonce sous l’impact, sa boite crânienne est complètement déformée. Pas le temps de peindre une aquarelle de la scène, je dois m’occuper de l’impondérable. Comprenant le sort cruel qui l’attend, elle se rue vers la porte, malheureusement, sa masse graisseuse n’étant pas idéale pour la course, je la rejoins en deux enjambés et lui fait sauter la rotule gauche, elle s’écrase alors mollement sur le plancher. Un autre coup appliqué sur la nuque et la voila bienvenue dans la rubrique des faits divers.

                Un joli massacre, surtout que la deuxième n’avait rien à faire là, une petite visite à sa vieille mère lui aura couté la vie. Comme quoi la piété filiale ça ne paye pas, les miens de parents ils sont morts et je me porte pas plus mal. Je retourne le domicile des tout nouveaux cadavres, je fais main basse sur du cash caché dans une armoire, une belle collection de bijoux, plus quelques bibelots du genre artistique. Je connais des adresses pour fourguer tout ça, je vais enfin pouvoir renouer avec la grande vie. Je sors en vitesse de la scène du crime, et m’échappe de l’immeuble en catimini. Ce soir je ne dors pas chez moi, trop risqué, je dois aller me faire voir par le plus de monde possible. Mais avant tout je planque le butin dans un endroit sûr, une consigne de gare, comme dans les films, ça fait cliché mais je ne connais pas d’autre endroit sécurisé où les flics vont pas fouiner. Je prends un peu du liquide, ce soir je vais fêter mon casse royalement, la vie honnête peut attendre une nuit surtout après un double homicide. Maintenant que j’ai les moyens, pas de raison de me priver, je fais une petite provision de matériel de défonce. Je gobe directement un cachet de speed pour me motiver et commence à faire le tournée des bars.

                Le mélange d’alcool et de diverses drogues me retourne complètement l’esprit, pour ce qui est de se faire repérer c’est très réussi. Je suis dans un de mes bars favori, quand l’univers commence à prendre une teinte de gerbe pas fraiche. Je me sens écrasé par l’ineptie de la vie, c’est la Nausée qui me pénètre jusqu'à la moelle des os. La Nausée c’est pire que tout, le spleen, la déprime, c’est nada en comparaison. Le monde extérieur a entièrement changé, le verre de whisky que je tiens dans ma main me devient étranger, d’où vient-il, pourquoi ais-je voulu le boire ? Des gens s’agitent, parlent, tout le bar s’anime, moi je reste comme un bloc de glace, étranger à toute cette activité, cela ressemble à du mauvais théâtre, pourquoi font-il semblant de vivre autour de moi ?  C’est absurde, dégoutant, je ne suis pas à ma place ici, je ne suis pas un des figurants de cette scène.

                Je dois sortir d’ici vite, je me lève brusquement, fais un pas et m’écrase sur la table voisine. Je vomis, apparemment sur un des occupant de la table que je viens de renverser, un homme couvert de bière et de nourriture régurgitée me hurle dessus en faisant de grands gestes, il joue encore la comédie, il ne se rend pas compte que je ne suis pas un de ses pairs, il est ridicule, je ne sais pas quoi lui dire. Je décide de l’éloigner à l’aide d’une bouteille brisée que j’ai ramassé sur le sol, il ne bouge pas, le verre lui entaille profondément le visage. Il gémit, il continue à jouer son jeu, il mime tout les affres de la douleur, il est pathétique. Des videurs me saisissent et me rudoient, je me retrouve éjecté à l’extérieur du bar sans m’en rendre compte. Je saigne, mon corps me fait mal, mais je n’arrive à en trouver la provenance, lorsque je m’examine, je ne me vois pas, je vois une masse de chair pâle teintée par endroit de rouge. J’avance dans la rue, trainant mon propre cadavre. Je décide finalement de me jeter aux ordures, je suis trop lourd, trop inutile, pour que je vaille la peine d’un effort si épuisant.

                 Je me réveille au petit matin, blotti dans des déchets, recouverts de mon vomi, un sac poubelle me sert d’oreiller. Que la Grande Putain de Babylone m’en soit témoin, plus jamais je ne toucherais à une drogue assez puissante pour provoquer un aussi mauvais trip. Adieu mescaline, lsd, crack, crystal, amphet, héroïne, salvia, champis, peyotl, kétamine,exctasy et coetera, ad infinitum, ad nauseum.

                 Je rentre me coucher, après les ordures, comme mon lit va me paraître douillet. Mon immeuble n’est pas très loin, deux pâtés de maison à pied, mais cela me parait être digne d’un double marathon. Enfin arrivé, je monte péniblement jusqu'à mon étage. Je ne suis pas surpris de voir une forte activité policière sur mon porche. La porte fracturée a dû rapidement attirer l’attention et on a cru bon alerter les forces de l’ordre. Passant à coté d’eux, je leur lance un bonjour amical. Ils ne prennent pas la peine de répondre, les deux sacs de barbaque que je leur ais collés sur les bras, doivent leur monopoliser l’esprit.

                Je m’écrase dans mon lit. Et là alors que mon état me permettrais de dormir littéralement debout, le sommeil ne vient point. Me livrant à toutes les contorsions et changements de position habituels dans ces cas, je m’épuise lentement, mon esprit approche de sa rupture. Je me relève, je dois trouver un moyen de me détendre, j’essaye la télé, les bouquins, la musique rien à faire, même la veuve poignet qui sert aux hommes à s’endormir depuis des générations ne fonctionne pas. Je vais recourir à une professionnelle, j’ai de l’argent autant m’offrir une gâterie. Cela réussira peut être à me vider l’esprit en même temps que les couilles et me permettra ensuite d’aller faire un kiss à Morphée.

    Ma fréquentation assidue des milieux de la dépravation m’avais permis de connaître l’adresse du meilleur endroit pour se procurer ce type de service. Une nouvelle fois je sors et mate du coin de l’œil l’activité policière voisine. Je prends un taxi et descend au pied d’un hôtel particulier style Haussmannien, la demeure bourge par excellence. Je tape le code qui déverrouille la porte d’entrée, seul un nombre trié de personnes connaissent le protocole pour pénétrer dans ce saint des saints, cette mini Gomorrhe. Ce n’est pas vraiment une maison close, je décrirais plutôt ça comme un harem de courtisanes, agréable et luxueux, où pour un prix assez onéreux on peut se la jouer sultan d’un soir. Le décor de toute la maison est somptueux, dans l’air est diffusé un subtil parfum et une douce musique d’ambiance. On trouve un complexe spa, une piscine intérieure, tout les équipements d’un quatre étoiles, mais bien sûr la principale attraction c’est les filles. Je n’ais jamais su leur nombre exact mais elles sont nombreuses et elles sont toutes d’une beauté improbable. J’ai beau y être allé plusieurs fois, j’ai toujours l’impression en franchissant la porte de rentrer dans un rêve ou bien d’arriver au sommet du mont Olympe peuplé de déesses, de tout côté des nymphes batifolent en string (pour les plus vêtues) et titillent le satyre en moi. Chaque pièce que je traverse regorge de paires de seins affriolants, de culs à faire bander une statue de Rodin.

                Tout d’abord, je dois voir le patron de l’établissement, je le trouve assis dans une pièce qui lui fait office de bibliothèque. Ce mac, comme son bordel, ne colle pas au stéréotype du genre, pas de gros yougoslave à chaine en or mais un homme d’une quarantaine d’année habillé avec beaucoup de goût et féru de poésie. D’ailleurs je l’interrompais dans la lecture d’Endymion de Keats. Un morceau de ce poème me restait en mémoire. 

     

    « Joie éternelle est toute beauté
    Et grandit son charme ; jamais
    il ne passera dans le néant ; mais au contraire nous gardera
    Une calme charmille, et un sommeil
    plein de très doux rêves, et la santé, et un souffle apaisé. » déclamais-je aussitôt d’une voix inspiré.

                Je n’avais pu résister à la tentation de lui faire savoir que j’avais moi aussi une importante culture littéraire et de me la raconter un peu. Peine perdue, il ne réagit même pas, pour lui connaître des vers aussi classiques est naturel, il me regarde puis ferme le recueil.

    - Qu’est-ce qui t’amène ? T’as quelque chose à me vendre ou tu veux juste satisfaire tes envies de salopes lubriques   ?

    - Pour la dope je n’ai même pas de quoi me faire une douille, mais j’aimerais bien qu’une de tes recrues s’occupe de mon manque de tendresse.

    -Tu sais comment ça marche ici, choisis ton assortiment et paye en sortant.

    Vraiment terrible ce mec, le business dans les gènes, ces filles il les tient pas par la violence mais par une capacité inouïe à manipuler leurs aspirations et à créer une prison dorée autour d’elles. Pas de souci avec la flicaille, les politiques organisent sans arrêt des soirées de bienfaisance dans la place, donc elle est aussi intouchable que le parlement.   

    La sélection est le moment le plus difficile, je prends deux meufs une blonde et une black, j’aime les contrastes. Je suis trop mort pour baiser, une pipe me suffira.

    « T’aime ça chéri ? » dit la blonde avec un accent slave prononcé tout en me suçotant une boule

    Question rhétorique, tout le monde aime avoir son matériel à la merci de langues expertes.

    J’éjacule vite mais pas avec toute la satisfaction attendue. Je suis un peu déçu, je ressors de la maison enchantée aussi préoccupé qu’auparavant.

    Heureusement il y’a un autre moyen de trouver le sommeil, la plante sacrée de Jah va résoudre radicalement mon problème. Petite visite à mon horticulteur certifié, cette fois j’ai de la monnaie à lâcher, je prends le top qualité, top quantité. Une fois rentré, je fais chauffer le bang, douille après douille, l’effet escompté se produit, je sombre dans la torpeur. Je peux enfin dormir et me reposer.

                Le sommeil ne me porte pas conseil, l’adage populaire est encore une fois complètement con, je suis toujours aussi à la masse, mon cerveau produit des pensées pas très agréables, toutes parviennent aux même conclusions : j’ai tout foiré, j’ai fait les plus mauvais choix possibles tout le long de ma vie. J’ai engendré du malheur, j’ai transgressé quasiment tout les interdits légaux et moraux existants et sans jamais m’en inquiéter. Je n’ais pas l’excuse de l’ignorance, je me rends toujours compte des conséquences de mes actes mais je m’en fous. Je suis un monstre d’égoïsme, de violence, je suis incapable de travailler, d’avoir une famille, de respecter la loi, d’avoir une vie qui rentre dans le cadre. Je suis l’image inversée de ce qu’attend la société des individus qui la compose et cette pute me le fait bien sentir.

                 Je m’apitoie trop sur moi-même, ce n’est pas bon, il faut que je pense à autre chose. La télé va m’occuper. Les infos, génial, autant se concentrer sur les malheurs des autres, un petit africain rachitique qui se fait démembrer à la machette ça te met tout de suite dans de meilleures dispositions. Politicards au sourire de crotale, guerres en tous genres, problèmes sociaux, épidémies, paranoïa, conneries, la vie du monde s’étale devant mes yeux comme une bouse bien fraiche.

    « Fait divers effroyable, une mère et sa fille, habitant à X, se sont fait sauvagement assassiner, la violence du meurtre laisse présumer que son auteur est un individu désaxé et par conséquent extrêmement dangereux. Mr S, ministre de l’intérieur, c’est exprimé au sujet de l’insécurité qui selon les derniers sondages… »

                   Je me mets à vomir, je ne peux plus m’arrêter, mon estomac se vide, je crache de la bile pendant encore une bonne demi-heure. Mon cerveau pulse dans sa boite crânienne, j’ai mal, je tremble. Je m’envoie un peu de marie-jeanne, pensant me calmer, mais dès que les effets du THC se font sentir, je me sens pire que je ne l’ais jamais été. Ma vision se trouble, je convulse, le goût du sang inonde ma bouche, je me suis tranché un morceau de langue, je crois que je vais crever là au milieu de mon dégueulis, étouffé par mon propre sang.

    Les enculés ont la vie dure, je vis encore, rampant sur le sol, essayant de trouver la force de me relever, l’hémorragie n’était apparemment pas si importante. Je sens la plaie sur le bout de ma langue, elle a commencée à se coaguler, la sensation est horrible, je suis à deux doigt de me ré-évanouir.

                  Je reste dans le gaz pendant plusieurs jours, je subis de temps en temps des mini-crises sur le modèle de la première. Dès que j’essaye de sortir de mon appart, je suis pris de vertiges, je deviens parano, à chaque instant, je m’attends à voir la flicaille me tomber sur le coin de la gueule. Mon double homicide n’a pas fait causer de lui très longtemps, dés le lendemain, plus aucun JT n’en parlait, j’ai pourtant regardé la télé comme un maniaque, redoutant et espérant à la fois toute information le concernant. Je ne comprends pas, je m’en fous de ces deux pétasses, je les ais crevé sans le moindre état d’âme, c’est quoi qui me torture l’esprit comme ça ? En principe, je suis complètement insensible à la douleur d’autrui, quand on m’a éduqué, on a complètement zappé de m’apprendre l’empathie. Pourquoi ce poids sur ma conscience, pourquoi ma vie me revient dans la gueule maintenant ? Je n’arrive pas à me rappeler la dernière fois où je me suis senti bien grâce à autre chose que de la drogue ou d’autres paradis artificiels et vains. Depuis que je suis devenu adulte, j’ai petit à petit perdu toutes les illusions que je me faisais sur le monde, et peu à peu le quotidien est devenu de plus en plus malsain. J’aimerais savoir si c’est quelque chose en moi qui déconne ou si c’est la société qui est vraiment à chier. Comment peut-on vivre dans un système avec des règles aussi insensées, comment peut-on être motivé par tout ces Graals de pacotille qu’il nous agite devant le nez comme une carotte à un âne.

                    Ma situation demeura la même durant de longues semaines, cloitré dans mon appartement, me nourrissant de conserves et de pizzas livrées à domicile, seul face à une peur qui me tord les boyaux. Je dois sortir, la consigne que j’ai pris à la gare prend fin, je ne veux pas qu’un employé de la SNCF mette la main sur un sac rempli de bijoux chourés. J’angoisse comme un fou, les cinq-six kilomètres, qui séparent mon logement de la gare, vont faire passer le périple de Dante aux enfers pour une promenade de santé. J’appelle un taxi et sort de mon appart. Aussitôt à l’extérieur, je me mets à trembler, mon regard s’est posé sur la porte sous scellées judiciaires qui me fait face, je descends les escaliers en courant comme pour fuir des spectres. Dehors l’air est froid, il brule mes poumons et me congèle les extrémités, je me suis habillé trop légèrement pour la saison. Le taxi met du temps à venir, mais je suis content car mon esprit est concentré sur la souffrance physique que m’inflige la température et ne divague pas sur autre chose. Quand la voiture arrive enfin, j’y pénètre sans me précipiter et dis bonjour au chauffeur, ma voix est étranglée, je n’avais pas dis un mot depuis un paquet de temps.

    -Bonjour monsieur, me répond le chauffeur, je vous emmène où ?

    - A la gare.

    Il me regardait d’une façon bizarre, il devait sentir que je n’étais pas normal. Pas comme lui, un quinquagénaire à moustache exerçant un métier stable et productif.

    -  Ca va bien monsieur ? Vous m’avez l’air un peu pâle, vous avez la grippe ?

    Pourquoi il me pose toutes ces questions ? Il se moque de moi, il voit bien que j’en chie sévère. Je ne peux plus supporter d’être enfermé dans une voiture, je me sens prisonnier de cette boite en tôles.

    -Stop, arrêtez-vous !  

    J’ai hurlé, le chauffeur a pris un air surpris, puis a ralenti. Aussitôt je saute hors de la voiture, le chauffeur fait de même pour me réclamer l’argent de la course. Je comptais le payer avec l’argent caché à la gare, mais là je n’avais pas un rond sur moi. Voyant que je rechignais à le régler, le moustachu m’empoigna l’épaule et commença à me crier dessus. Son contact me provoqua un frisson de dégoût, sa bouche tout près de mon nez exhalait une haleine chaude et écœurante.

                     Mon geste fut instinctif comme la morsure d’un loup acculé, la lame qui m’accompagne en permanence vient se loger dans le globe oculaire du taxi driver. Il me regarde, incrédule, du seul œil qui lui reste. Il a cessé de crier, hébété, comme nombre de personnes à l’orée de la mort. Le laissant à sa douleur, je cours traversant la ville, mon cœur explosant dans ma poitrine, je ne dois pas m’arrêter, je dois courir pour échapper à toute cette terreur qui me poursuis. Je dois la semer, je dois laisser en arrière mes crimes, mes erreurs et le monstre que je suis, je dois quitter l’enfer que j’ai créé pièce par pièce et où je me suis enfermé. Qu’importe mon corps et mon esprit, je dois courir jusqu’à un endroit où je serai tranquille, jusqu’à la limite du monde s’il le faut. Après un moment je tourne la tête, le chauffeur de taxi me regarde de son œil plein de souffrance, je n’ai pas avancé d’un mètre. La veuve et sa fille sont là, étendues au sol comme des poupées brisées, et aussi tous ceux que j’ai planté, gisant dans le sang qui s’écoule de leurs plaies. Courir ne sert à rien, ce que je fuis est devant moi encore et toujours. Je contemple un cauchemar qui ne connaitra jamais de fin car ce n’est pas le mien.                                                                             

Tags :Realite, Drogues, Violence, Folie, Tragédie

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Commentaires (3)

Otto_dix_54

fleche

Par Twisted Cross | il y a presque 2 ans

Mon texte favori et sans doute le plus abouti(ce qui reste tout de même très relatif).
Bonne lecture

Abus

Mars_2010_54

fleche

Par maya | il y a presque 2 ans

C'est le seul que j'ai lu mais il est consistant. J'aime beaucoup.
Maya

Abus

The_mentalist_season1_004_54

fleche

Par Kira | il y a plus d'un an

J'adore, rien a redire, sordide, un personnage qu'on peut qualifier d'intéréssant au même titre qu'il fait partit des déchets qu'ils critiquent. Chapeau bas, je suis sous le charme.

Abus