The status of liberty

Romance - Chronique

Youenn - Ajouté le 25/12/2010 à 01:48

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    Tous les jours dans le métro parisien, je perdais un peu de moi un peu plus. Chaque arrêt me mordait tel un chien enragé et je n’étais pas en position de répondre à ces attaques. C’est alors que je fouillai Internet pour trouver une destination et un tarif honnête de billets d’avion qui m’offriraient le meilleur rapport éloignement / prix. Environ une semaine avant mon départ, j’annonçai à ma famille et mes amis que j’allais atterrir à San Francisco pour dix jours. Et seul.

     Dans l'avion pour les Etats-Unis, mon unique activité consistait à penser. Je me sentais observé, sondé, obsédé par mon esprit agité.

    Même si j’étais parti seul, je ne voulais pas passer le plus clair de mon temps de cette façon. J’avais bien l’intention de rencontrer des gens, d’apprendre à les connaître et de vivre des expériences extra-mon-ordinaires.

    Savourant la météo ensoleillée, je ne tenais plus en place ; il me tardait de me rendre au Centre Gay et Lesbien. Ce centre comptait énormément car Frisco était la capitale du royaume des homosexuels. Je visitai le centre, je saisis quelques flyers et j’appris ainsi que parmi de nombreux événement se tenait la foire folle.

    Surfant le trottoir jusqu’à la fête, je croisai des types en pleine parade dans le courant contraire. Je me fis la réflexion qu’ils devaient venir de la foire folle, à en juger leurs tenues. Ils avaient même sorti les accessoires en cuir pour l’occasion. Mes écouteurs sur les oreilles, une carte en renfort, je fonçais à toute allure vers un endroit plus gai. Derrière les barrières de l’entrée, je lâchai mon billet de cinq dollars ; même si je n’avais pas l’intention de me lâcher complètement, je n’avais résolument aucune barrière pour rencontrer des personnes agréables.

    Le thème, car il y a toujours un thème, était sur les bears et la nudité. Malgré l’excentricité de ce thème, la foire folle prenait place à la pleine lumière d’un plein après-midi. Des panneaux voulaient masquer, rendre la foire plus discrète, mais ils donnaient finalement plus d’espace aux posters de porno gay. Le thème loufoque avait tout coloré, de l’entrée à la moindre parcelle de la zone délimitée. Je fus frappé par le fait qu’une zone délimitée pouvait également se révéler être une zone sans limite. Car c’était exactement cela.

    Lorsqu’il s’agissait de sexe, je n’étais pas naïf. J’avais fait des choses dont je n’étais pas trop fier, donc j’avais vécu des choses. J’avais parfaitement conscience que je n’avais pas tout vu et surtout je n’avais pas vu ce qui allait se passer. J’avais l’impression de tenir un rôle de figuration dans Queer As Folk, cette série télé sur des gays de Pittsburgh. Tout pouvait arriver, et c’était déjà le cas. Des mecs, la moitié basse nue, se baladaient ci et là, exhibant leur héritage à la vue de tous, et au toucher de tous, espéraient-ils. Je fis le tour des stands et des mecs présents. Malgré le thème, la plupart des classes sociales gays étaient représentées ce jour-là : des sex toys aux associations sérieuses, des fétichistes soumis aux costards-cravates. Je réalisai à ce moment-là pourquoi San Francisco était la capitale des gays : tout était pensé en gay capital. Alors, à mi-chemin de cette parade d’hommes mi-nus, je m’interrogeai. Je venais d’un monde où le mot pédé pouvait vous sauter à la gorge si d’aventure vous pénétriez la forêt de l’honnêteté. Et je venais d’atterrir dans un monde complètement différent où vous pouviez vous balader sans pantalon et peut-être vous faire astiquer le manche par un Monsieur Propre anonyme. Etais-je au paradis ou en enfer ?

    Si j’étais au paradis, comment me débrouillerais-je pour retourner intact dans mon monde renfermé ? Serais-je capable de continuer calmement à répondre "Nan, je n’ai pas de copine", avec un frêle sourire sur une légère hésitation ?

    D’un autre côté, si j’étais en enfer, arriverais-je à trouver un intermédiaire entre les stars pornographiques et des collègues homophobes ? Trouverais-je un endroit où je ne sois pas considéré seulement comme un homosexuel mais où je pourrais tout de même en parler, entre autres sujets, sans remous ?

    Contrairement à ce que mes parents purent croire, ce voyage n’avait pas pour but de trouver quelque part où vivre ni quelqu’un à aimer mais bien de me trouver dans ce quelque part avec des quelqu’uns.

    Je n’ai pas tellement la fibre touristique. Mon truc quand je suis à l’étranger, c’est de vivre comme si l’endroit était mon endroit ; j’aime rouler les rues, l’air de rien. Je fréquente des magasins banals, je fais mes courses alimentaires, et je rencontre mes voisins comme s’il s’agissait de ma résidence principale. Cela doit être une de mes façons de cerner où je devrais habiter. Excepté le fait que j’aurai toujours, en moi, ce sentiment latent de rejet, ne pas connaître mes origines me donne cette énergie inépuisable pour trouver ce lieu particulier où je me sentirais à l’aise.

    Perdu dans cette orgie sexuelle démesurée, plein de questions, j’étais toujours à la recherche de ces quelqu’uns. Je parlai à des mecs, échangeai des mots. Je fus d’ailleurs très flatté quand on me prit pour un américain et ce sans rapport aucun avec mes poignées d’amour. Puis, serpentant entre les stands, je me retrouvai à regarder un spectacle de cow-boys gays. Très Brokeback Mountain. Que l’on aime la musique country ou non, on se doit de trouver cela romantique. Afin d’être sûr de ne pas avoir manqué quelque chose ou quelqu’un, et surtout parce que je commençais à en avoir marre des cow-folles, je repris ma tournée. Alors que je prenais une pause de ce spectacle à moitié incroyable, à moitié ahurissant et à moitié nu, je le vis.

    Son nom était Jeffrey. C’était un asiat’ homo dans la trentaine qui bossait pour une boîte d’événementiels. Je le remarquai et remarquai surtout sa façon de me mater avec son ami, David, avocat. Un clin d’œil et un sourire furent tout ce que je leur accorderais, je ne ferais pas le premier pas. Ils le firent. Plus tard, Jeffrey m’avoua qu’ils avaient fait le premier pas car ils avaient aimé mon visage.

    Nous parlâmes de nos trois vies, d’où je venais, ce qu’ils faisaient comme travail. Une conversation et ils me proposaient déjà d’aller se poser à l’appartement de David qui se trouvait sur le trottoir d’en face. Je m’ennuyais et ils avaient l’air normal. Je saisis ainsi l’opportunité de vivre le quotidien d’un gay au lieu de me cantonner aux banalités de touristes. Ce fut l’une des plus belles soirées de ma vie.

    Je restai des heures chez David, des heures qui ressemblent plus à des secondes maintenant que j’y repense. Le temps n’avait plus d’importance. J’aime à revivre mes souvenirs de la nuit chez Dave. Alors que les fonds de bouteille refaisaient surface de plus en plus fréquemment, les langues se délièrent doucement. Jeffrey commença à aborder le sujet de son mari décédé dans un accident de moto des années auparavant. Pendant ce temps, la frustration de David suait par tous ses pores. Son partenaire, un infirmier asiatique dans la trentaine, avait un contrôle incontestable sur lui. Il avait un verre à la main et son ami n’aimait pas voir cette image. Bien qu’il m’assure que parce "pas de copain, pas de coupable", je voyais bien qu’il était gêné. Je sentis sa peur quand il me servit un coca light avec "un accord bilatéral de ne pas faire souffrir l’autre" qu’il disait avoir été signé tous les deux.

    Des gouttes de vin coulèrent et des gouttes d’eau salée s’écoulèrent. Peut-être était-ce l’ouverture d’esprit américaine qui rend les choses intimes moins intimes devant des étrangers. Ou peut-être était-ce ma vision plus restrictive des affaires intimes. Quoiqu’il en soit, des secrets furent relâchés à l’air libre. Et ce n’était pas les miens. Je ne balance jamais le premier soir. Alors, je restai où j’étais, dans mon fauteuil d’étranger et gardai ma ceinture de chasteté attachée jusqu’à ce que la lumière s’éteigne. Je décidai alors de m’arrêter là pour rentrer à ma chambre et je crus sincèrement en ces amitiés nouvelles. Sous le porche, je donnai un baiser amical de bonne nuit à Jeffrey, quittai l’immeuble aux mille lumières et roulai vers mon hôtel à Union Square. Inconscient de ce que mon voyage me réservait, ouvert à tout, effrayé par rien à part la quiétude, je me couchai et m’endormis, cette nuit-là, arborant un sourire ineffaçable : l’homosexuel sapiens que j’étais avait conquis San Francisco.

    Je visitais les Etats-Unis pour la quatrième fois et la Californie pour la seconde fois. Lors d’une après-midi calme, le questionnement me reprit. Qu’aimais-je tant là-bas ? Quelles étaient les raisons qui faisaient que traverser un océan et survoler nombre de terres importaient peu ?

    La réponse était simple : j’aimais la Californie. J’aimais la Californie pour ce qu’elle représentait : l’ouverture d’esprit, le métissage des cultures et bien sûr le rêve américain. Tout était possible là-bas. Et j’insiste sur le tout. Vous pouvez atterrir de quatorze heures de vol et vous faire des amis, vous pouvez sortir au beau milieu de la nuit et trouver quelqu’un à qui parler, vous pouvez ne rien avoir de prévu et quelques minutes plus tard vivre la plus merveilleuse des soirées.

    Sur le calendrier des étudiants américains, une période est commune à tous, quelle que soit leur matière principale ; cette période est spring break. Pendant spring break, ils ne pensent qu’au sexe, à l’alcool et à l’amusement. Ils parcourent des milliers de kilomètres pour oublier leurs problèmes. Il me vint à l’esprit que mes vacances à San Francisco étaient mon spring break. Bon, en septembre, avec peu de flirts, sans alcool mais je m’amusais quand même. Je pense que le principe restait le même ; c’était mon spleen break.

    La Californie avait trouvé sa façon de m’atteindre bien avant que j’aie conscience de pouvoir m’y rendre. Quand j’étais adolescent, les séries américaines jouèrent un rôle important dans mon éducation ; certaines d’entre elles étaient des soap-operas mettant en scène des jeunes gens riches, partant de zéro, qui finissaient par faire régner leur loi dans la ville en quelques semaines, puis retournaient à la case départ. Pour y arriver, ils utilisaient les coups les plus bas ; couteaux dans le dos, leurres, mensonges et traquenards constituaient leurs outils quotidiens. Et l’adolescent naïf que j’étais commença à comprendre le monde dans lequel il vivait.

    A San Francisco, je saisissais les rares moments de solitude que je m’accordais pour observer. Je voulais observer les californiens et leur façon de vivre. S’il y a quelque chose que vous ne pouvez pas rater lors de votre visite de l’Etat Doré, c’est à quel point l’expression le plus appartient à la Californie. Chacun veut être le plus mince, le plus gros, le plus petit, le plus grand, le plus idiot, le plus intelligent, le plus rapide, le plus lent, tout ça parce qu’ils contiennent le plus. Mais ils le contiennent seulement. Là-bas, les gens tentent de devenir les meilleurs via un autre superlatif. Pour les californiens, vouloir être le meilleur est-il si important ? Peut-on devenir californien un jour si on ne passe pas par des extrêmes ?

    Dans un état où l’on peut choisir de se marier entre Hawaii et Las Vegas, ou divorcer en un clin d’œil en république dominicaine, et où des millions de dollars attendent à portée de main, comment se fait-il que des droits très actuels ne sont pas encore acquis ? Des droits tels que le mariage pour les gays, l’adoption pour les homosexuels, etc. qui ont été autorisés il y déjà des années, dans certains pays.

    Par conséquent, plus que pourquoi les californiens sont-ils si forts ?, la question est pourquoi les californiens sont-ils si forts sur le faire-semblant et les apparences ? Pourquoi leurs yeux brillent-ils tant pour attirer l’attention ? D’après de grandes théories, on se construit en fonction du regard des autres. Et bien, si elles sont vérifiées, les californiens ont peut-être mis la main sur quelque chose. Peut-être que, plus on est regardé, plus on a de possibilités à piocher pour comprendre qui on est. Car derrière des dents ultra blanches et un bronzage sans pareil, ils sont exactement comme nous.

    Si la Californie représentait le rêve américain, l’Etat Doré représentait également mon rêve. Mon rêve de trouver ce que je voulais faire. Je n’étais pas heureux dans mon travail actuel. Je savais que je n’étais pas fait pour cela malgré l’aspect incroyable de cette aventure. Alors que j’allais me battre pour une nouvelle vie, tant de questions me pétrifiaient. J’utilisai cette mauvaise expérience professionnelle comme d’un cheval, pour trotter à travers la forêt d’opportunités à mon horizon. Parce que prendre des risques est ce qui rend la Vie intéressante, chercher une nouvelle opportunité pourrait bien être le début de ma destinée.

    Les questions avaient repris de plus belle pour torturer mon esprit. J’avais besoin d’une pause. Pour me prouver que je prenais mes propres décisions, je décidai de rentrer de la plage par des rues que je n’avais pas encore essayées. Et me voila grimpant des montagnes gigantesques, suant à grosses gouttes à pousser mon gros derrière jusqu’en haut. Une blonde californienne qui faisait son footing me dépassa et se sentant prise de pitié vint m’aider. Alors qu’elle m’aidait gentiment, je me rendis compte que j’étais monté trop haut et qu’il me fallait redescendre pour rejoindre mon auberge de jeunesse. J’étais sur le point de vivre un des pires moments wheeling de ma vie.

    Vous devez sûrement penser que descendre une rue en fauteuil est très simple puisqu’il n’y a rien à faire, mais c’est faux. Pour freiner les roues, j’utilise mes mains. Donc, plus difficile est le freinage, pire est l’état de mes mains à la fin. Afin d’équilibrer mon poids, je m’étais positionné sur mes deux roues arrière. La descente était tellement pentue que je devais contracter mes mains au maximum. Je sentais mes mains se faire peler sur le relief de mes pneus en caoutchouc. Mais la douleur physique n’était rien comparée à l’imbroglio psychologique dans lequel je me trouvais, quand je sentis mes dernières minutes venues. J’avais l’impression que je ne pourrais plus tenir mes roues très longtemps et que je me ferais écraser par une voiture quelques mètres plus loin. Sinon, si j’arrêtais de faire du deux roues et si je reposais les roues avant, je suis sûr qu’elles m’auraient mis à terre aussi en un rien de temps. Des ralentisseurs, sur la route, obligeant les automobilistes à passer le pied sur la pédale de gauche, réussirent presque à me faire passer l’arme à gauche. Toutefois, rien que l’idée de voir mon estomac se faire la belle devant mes yeux me rappela d’être plus prudent afin d’éviter des expériences si proches de la mort.

    San Francisco rayonnait en mon dernier jour. Je n’arrêtais pas d’avoir l’impression de vivre le dernier repas de la cène. Quelque part je savais que ce baiser amical de bonne nuit échangé avec Jeffrey voulait dire au revoir, grâce à des ondes infinitésimales que j’avais interceptées. En même temps, une autre partie de moi espérait bien un au revoir en bonne et due forme, avec ce mot échangé pour de vrai, des deux côtés. Je lui avais communiqué ma date de départ, le 5 septembre et je lui avais dit que j’aurais aimé passer mon dernier jour avec lui. J’essayai d’appeler Jeffrey plusieurs fois ; je comprenais qu’il était en train de me renier trois fois avant que le cockpit ne chante mon nom deux fois.

    J’avais le sentiment que mon voyage n’était pas encore arrivé à son terme, et en même temps, c’était le bon moment pour rentrer à la maison. Ensuite, pour être certain d’avoir pris ma dernière dose, je me baladai des heures sur l’Embarcadero, le long de la baie de San Francisco. Il ne me restait plus beaucoup de temps ; je captais les paysages à toute allure. J’étais terrifié à l’idée que quelque chose se meure en ma mémoire ; par conséquent, j’essayai de tout refaire en une journée. Je m’étais lancé dans une sorte de chasse au trésor contre la montre, sauf que j’avais trouvé mon trésor et qu’il devait rester à sa place. Alors, je photographiai tout à l’aide de mes yeux bleus verts gris. Je respirais l’air comme un condamné à mort qui roule vers sa sentence. Mais je n’étais pas condamné, je rentrais à la maison.

    Me retrouvant aux prises de flashs de déjà vu, je compris : la section découverte de mon voyage approchait de son terme. La section des questions et réponses approchait également de son terme. La quiétude que je craignais tant, était tout ce qu’il me restait. Mon dernier jour, mes dernières heures n’avaient pas d’objectif si ce n’était de jouer le rôle de transition suave.

    Pour mon réel dernier repas, je ralentis ma corrida et m’arrêtai à Palomino, un restaurant chic, toujours sur l’Embarcadero. Une serveuse bienveillante prit soin de moi et me fit presque oublier à quel point un diner de départ solitaire était bien triste. Face à la grande baie vitrée donnant sur la baie mouillée, j'examinais mon congé de dix jours sous toutes ses faces. Après une journée en accéléré, je profitais de ma soirée au ralenti. Je passais en revue ce qui était arrivé, ce qui n’était pas et ce qui aurait dû. Ce voyage avait aussi été l’occasion de me faire une promesse à moi-même. Je me promis de ne plus me retenir au cas où je voudrais que quelque chose m’arrive.

    L’ambiance lounge et les mets succulents remplirent leur mission : je passai une douce et agréable soirée. Enfin, je quittai le restaurant tendance de la ville. Le long de l’Embarcadero et sur Market Street, sous le zéphyr fluet, je filai à Union Square. De retour à ma chambre, je fis mes valises. Et une fois que j’eus fini, la réalité me tomba dessus comme un coup de marteau : mon temps à San Francisco était terminé. Je n’avais effectivement pas répondu à toutes mes questions de manière exhaustive. Mais, toutes n’étaient pas des questions fermées, donc les réponses impliquaient d’introduire des nuances, et j’avais en partie résolu certains de mes mystères. J’avais traversé la moitié de la planète et avais roulé à San Francisco avec peu d’affaires et beaucoup de questions épineuses. Je repartais des Etats-Unis avec beaucoup d’affaires et peu de questions restantes.

    Pendant dix jours, j’avais remis en question ma personne et mes expériences. J’avais évalué le meilleur et le pire en chacune d’entre elles. Toutes les nouvelles expériences vécues durant mon séjour me firent archiver les anciennes et grâce à elles, j’étais avide, et surtout prêt, à en vivre d’autres.

    Mon cœur s’était en quelque sorte entr’ouvert et les particules d’amertume avaient cessé de me ronger. Comme il lui arrivait si peu souvent, mon cœur reçut ce qu’il attendait.

    J’étais tombé amoureux de San Francisco, mais cela ne pouvait durer. Le coup de foudre n’était pas assez fort pour contrecarrer l’illusion éphémère ; je n’étais pas vraiment à ma place dans cet endroit. San Francisco était mon amour de vacances et les vacances se terminaient. J’avais eu d’autres amours de vacances par le passé et j’étais toujours retourné à Paris. Je n’avais pas réussi à rassembler assez de force pour laisser de la place à ces amourettes. Peut-être n’étais-je pas censé le faire. Peut-être n’en avais-je pas encore tout à fait fini avec Paris. Nous n’avions pas la meilleure des relations, alors que San Francisco m’offrait le jackpot : météo ensoleillée, accessibilité exemplaire, et amants formidables. Mais peut-être avais-je juste besoin d’accorder plus de temps à Paris. J’avais habité là-bas vingt-deux ans et je ne m’en sortais pas si mal que ça.

    Même si mon départ avait un arrière-goût d’à tout jamais, j’avais vécu une si belle aventure que San Francisco me ferait très certainement une autre apparition.

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