Déraison d'une ombre
Je suis passé près du pont, dans l'onde
J'ai vu les yeux, globuleux et sombres,
Et ce nez plat et creux. Nul air n'en sort,
La vie s'est tût. Mais il gît, puissant et mort,
Sans opprobre devant Dieu. Et la nature vaincue
Laisse ma raison seule et frêle.
Ainsi nous-vois-je, Terreur, masque livide et austère,
Dans tes yeux, le néant se borne
Et le vide gluant s'épand et se pâme,
Et plonge dans l'ombre un passant sans âme.
Son cœur s'effondre, les maux des mots
Sont une bête immonde que nulle plaie n'émeut.
Ce double, visage obscur de la mare
Où la peur se moire, se meut, se noie,
Boit les eaux noires de mon destin.
Sans haine ni vertu, à la diagonale du fou,
Les pâles rayons de la Lune qui se tait,
Défient le visqueux; elle se pare
Sans ambages ni lustre de ses haillons brumeux
Sous les limbes, les nuées et les flux douteux.
Elle suit sans peine, et dans le froid qui hurle,
Le dernier des hommes_ qui pleure.
Astre luisant, sois pieux, sois clément,
Il a perdu ses Dieux.
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