Larme

Tragédie - Parole de chanson

Sandra Mézière - Ajouté le 22/03/2010 à 22:10

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    Mon histoire commence  un jour d’hiver incandescent d’une mélancolie douce et amère

    Un jour où un irrationnel espoir  vous donne la sensation de ne plus toucher terre

    Un de ces jours où la vie semble d’une paradoxale  intensité légère

    Et donner un soudain sens même à votre pire et incompréhensible galère

     

    Mes mots glissent, dansent, jaillissent, s’entrelacent  et s’élancent

    Vers ce jour où trois destins en un instant ont basculé en une macabre danse

    Est-ce pudeur ou fierté d’avoir si longtemps tu ce qu’oublier malgré tout je n’ai jamais pu

    Je l’ignore mais je sais qu’aujourd’hui je dois vous raconter cette histoire qui m’obsède

    Afin que définitivement ma raison à la folie ne cède

     

    D’abord vous parler de lui, lui dont j’esquisse inlassablement l’image à ce qu’elle en devienne délictueuse

    Songeant à cette seconde troublante languissante et douloureuse

    Ce tango visuel cette éternité joyeuse

    Au souvenir brûlant de cette danse de regards violente et fiévreuse

    Capturés captivés par cette évidence ravageuse

    Repensant à cette scène vécue  dans un délicieux et évanescent brouillard

    Lorsque  je lui avais demandé mon chemin par le plus heureux des hasards

    Repassant sans cesse le film du cœur qui s’emballe de la raison qui s’envole du temps suspendu

    Cette sensation de s’être immédiatement reconnus depuis toujours attendus

    Ressassant les adresses fébrilement échangés avant de repartir chacun de son côté le cœur serré et léger

    Comme si en un instant éblouissant un volcan avait tout emporté

    Et que sa lave m’avait imprégné de son brûlant sentiment d’éternité

     

    Ensuite vous parler d’elle, elle dont l’image m’épouvante et me hante

    Elle qui, insolemment insouciante, n’avait pas su refuser la énième larme d’alcool

    Méprisant  d’un rire sardonique les rabat-joies que cela désole

    Elle qui, armée de sa folie tristement ordinaire, de ses certitudes et de son audace assassines, se sentait invincible

    S’enorgueillissant de ne pas écouter ce pressentiment indicible

    Elle qui a repris le volant pour narguer la vie, narguer la mort, se donner l’illusoire sentiment d’exister

    Par la vitesse et l’inconscience allant crescendo se laisser emporter et griser

    Ne sachant pas qu’elle l’était déjà par l’alcool et son illusoire félicité

    Ni que son cheval de Troie  allait devenir  l’arme de l’effroi

    J’imagine en un éclair de seconde le regret fugace qui ne change rien à l’imminent

    La musique dans ses écouteurs, un impromptu de Schubert dramatiquement en accord avec ce choc fracassant

    Je sais seulement qu’il ne ressentira jamais plus la  douce caresse du vent

    Prince à jamais immobile à cause d’un crime sans mobile

    Je sais seulement dans le journal avoir lu ces lignes dont la seule pensée me glace encore le sang

     

    Alors demain quand le présentateur du journal télévisé parlera des vies achevées sur la route par milliers

    En se réjouissant avec un sourire carnassier que leur pourcentage ait bien heureusement ce mois-ci baissé

    Alors que sur cette nouvelle pour vous comme une autre vous allez zapper

    Je songerai qu’il fait partie des milliers qui n’ont pas été épargnés,

    Se révolter, crier, implorer, rien ne pourra y changer

    Il aura cessé d’exister quand leurs routes se seront croisées

     

    Depuis mes mots à la dérive me dévorent puis se laissent effacer

    Au souvenir de cette journée qui me fait suffoquer

    Lettre après lettre, l’un après l’autre, à jamais perdus condamnés

    Noyés dans l’assourdissant silence

     Avec eux meurt l’insensée évidence  de cette coïncidence

    De cet instant d’éternité fugace dont l’obsession m’emprisonne et m’enlace

    Dont je ne saurai jamais si j’ai été la seule à éprouver la vertigineuse violence

     

    Il serait devenu mon amant, mon ami, mon mentor

    Pour lui, j’aurais fait de la vie un art, transformé le sable en or

     Malheur à qui comme moi dessine des rêves d’un autre temps

    Comme Solal Sorel Nemours Roméo Tristan

    Funeste et fascinante valse des mots et d’un regard qui m’obsèdent

    Dont la force dévastatrice fait que mes larmes cèdent

     

    C’était un jour d’hiver et depuis pour moi l’été n’est jamais revenu

    N’allez pas croire que mon histoire n’arrive qu’aux autres

    J’ignore pourtant même si je peux dire qu’elle fut nôtre

    Ce n’est malheureusement qu’une variante de tant de destins brisés, éclatés, saccagés

    A cause de la bêtise qui confond insouciance et inconscience, courage et lâcheté, héroïsme et égoïsme.

     

    Je n’éprouve ni colère ni amertume ni rancœur

    Juste l’envie de verser une larme sur mon océan de douleurs

    De leur dire votre larme pétillante peut devenir l’arme sombre du malheur

    Redoutable et implacable, son ivresse n’était qu’un leurre de bonheur

    Contrairement à celle, l’Amoureuse

    Qui rend les bonheurs joliment tristes et les grisailles joyeuses

     

    Je plains ceux qui pensent ainsi prouver une indépendance d’esprit

    Oubliant qu’ils placent des vies inoffensives à leur merci

    Juste pour éprouver ce fallacieux pouvoir et sentiment d’être rebelles

    Pour rire d’avoir enfreint une loi qu’ils jugent inique s’estimant sans doute immortels

    Et de briser à jamais ceux qui pourtant ne sont pas tels

    Pour satisfaire Narcisse, méprisable cause aux conséquences si cruelles

    Pour avoir l’audace de penser que la fatalité les épargnera

    Et celle d’ignorer ceux que par leur faute peut-être elle frappera

    Ne savent-ils pas que la liberté s’arrête où commence celle des autres

    Et que l’impertinence cesse d’être attendrissante là où commence la violence

    Mais où est la noblesse dans cette soif d’alcool et de vitesse

    Par lesquelles il faut encore et toujours que des vies innocentes cessent

     

     

    Je ne cherche pas à faire la morale ni à m’ériger en détentrice du bien ou du mal

    Simplement à vous dire que la vie peut basculer à cause d’une larme d’apparence banale

    N’oubliez jamais que pour lui en une seconde elle fut fatale

    Et que je ne saurai jamais s’il était réalité ou juste un idéal

     

    Maintenant, ne me restent que mes mots et ma raison en errance

    Pour faire face à l’effroyable fracas de l’injustice et du silence

    Sans doute vous dîtes-vous que c’est vain de vouloir vaincre par des mots mon désespoir

    A moins qu’un seul d’entre vous ils ne dissuadent d’accepter la fatidique larme qui ferait plonger des vies en rose dans le noir

Tags :Larme, Accident, Voiture, Amour, Déclaration, Coup de foudre, Slam

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Commentaires (4)

Mars_2010_54

fleche

Par maya | il y a presque 2 ans

Sensualité exacerbée par la litanie sans ponctuation de mots rendant encore plus fluide et libre sa lecture. J'aime beaucoup

Abus

Un-homme_54

fleche

Par dlaniger51 | il y a plus d'un an

Trés beau texte et profond, tellement de monde vive cette situation
J'aime quand les mots livre des images, merci

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Abus

Sandra_m_zi_re0_54

fleche

Par Sandra Mézière | il y a plus d'un an

@Maya et @Dlaniger51 : Merci pour vos encourageants et précieux commentaires.

Abus

20111231_181832_54

fleche

Par Mery | il y a 8 mois

...quel douce sensualité

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Abus

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