S'asseoir. Oublier

My Martin

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Connaître la Voie est facile. Ce qui est difficile, c'est de ne pas en parler. En la connaissant sans en parler, on va vers le Ciel  

 

L'homme accompli utilise son cœur, comme un miroir. Il ne retient pas les choses, de même qu'il ne va pas au-devant d'elles. Il y répond, sans les garder. Ainsi, il est capable de dominer les choses, sans rien subir  

 

Si l'on unifie sa volonté, on n'écoute plus avec les oreilles, mais on écoute avec le cœur. On n'écoute plus avec le cœur, mais on écoute avec le souffle vital. Le souffle vital, le vide qui accueille toute chose. Or, seule la Voie accumule le vide. Ce vide, c'est le jeûne du cœur 

 

Le spontané suit les choses et ne laisse pas de place à ce qui est personnel  

 

S'asseoir et oublier  

 

 

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Marc-Antoine Helleboid, professeur de philosophie à Rennes 

Essai sur le "Zhuangzi". Nature et politique (6 mars 2024)  

 

D'après un article du journal "Le Monde". Roger-Pol Droit 

 

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Chine 

4e siècle avant J.-C. Zhuangzi (Tchouang-tseu)  

 

Zhuangzi. Le même nom désigne l'auteur et le recueil de textes (le "Zhuangzi"), qui lui est lui attribué  

Sur la vie de l'auteur, rien ; presque rien  

 

Zhuangzi met en scène de personnages conceptuels 

Son livre relate des conversations avec des personnages d'époques antérieures,  

mais aussi postérieures 

 

Un recueil de textes disparates ? Cependant, l'unité de style est remarquable 

 

Analyse fulgurante 

Des affirmations, parfois opposées. Plusieurs sens 

Dissonances de la langue 

 

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Zhuangzi est un rebelle. Un enragé 

Outrance. Exagération 

 

Brûler les lois, les contrats  

Or les Sages (politiciens) sont considérés comme une ressource de l'État. On devrait donc les cacher, les tenir dans l'obscurité, ne pas les employer. Ainsi la race des Sages s'éteindrait, et, avec elle, s'éteindrait aussi la race des brigands 

Pulvérisez le jade et les perles, et il n'y aura plus de voleurs 

Brûlez les contrats, brisez les sceaux, et les hommes redeviendront honnêtes 

Supprimez les mesures et les poids, et il n'y aura plus de querelles 

Détruisez radicalement toutes les institutions artificielles des Sages, et le peuple retrouvera son bon sens naturel 

 

Crever les yeux des peintres. Les tympans des musiciens  

Abolissez la gamme des tons, brisez les instruments de musique, bouchez les oreilles des musiciens, et les hommes retrouveront l'ouïe naturelle 

Abolissez l'échelle des couleurs et les lois de la peinture, crevez les yeux des peintres, et les hommes retrouveront la vue naturelle 

 

 

Pour le sage, quelle action politique ? 

Dans la société, comment rétablir l'harmonie ? 

 

La perspective est taoïste - 3e siècle avant J.-C. Lao Tseu 

En chaque être, le Tao (la Voie). Indéfinissable, infinie, universelle 

L'essence, l'origine de toute chose. Avant l'acte créateur, la source 

 

La critique des méfaits de la civilisation, la nécessité d'un retour à la nature 

Le bon usage de la spontanéité ; elle unit l'être humain à la Voie, elle annihile son ego illusoire  

Le non-agir. En conformité avec le mouvement de la nature, l'action juste 

 

 

L'absence constitue le fond de toute réalité 

La question de l'origine ultime des choses, est illusoire 

 

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Le monde humain rend impossible le retour à la nature 

 

Ne pas se retirer du monde 

Ne pas gouverner 

 

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Agir conformément à la nature. Sans intention. De manière spontanée 

 

Fusionner avec le tout 

 

Laisser faire le vide 

 

 

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465-221 av. J.-C. L'époque des Royaumes Combattants 

Les rois Hui de Wei (389-319 av. J.-C.) et Xuan de Qi (350-301 av. J.-C.) 

Après l'effondrement du système féodal et centralisé des Zhou, la Chine est en proie aux luttes entre les principaux feudataires (vassaux, titulaires d'un fief)  

Soucieux d'unifier la Chine, à leur profit. Ils reçoivent volontiers les penseurs les plus divers 

 

La philosophie chinoise se cherche ; les philosophes s'efforcent de convaincre les puissants, de l'efficacité de leurs doctrines de gouvernement 

 

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Les disciples de Confucius (551-479 avant J.-C.) 

Philosophie humaniste, le confucianisme insère l'homme dans un univers social, régi par des règles morales -celles qui imprègnent la classe des lettrés fonctionnaires 

 

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Les disciples de Mozi (470 à 391 av. J.-C.). Le premier philosophe important à s'opposer à Confucius 

Pour une société pacifiste, plus juste  

Mozi donne à ses disciples une organisation militaire. Le peuple ne peut comprendre les directives venant des chefs ; mais les chefs doivent agir selon la loi morale, fondée sur l'amour et provenant du Ciel 

Des aphorismes systématisés, afin d'être à la fois pédagogique et logique -profonde influence sur la philosophie chinoise 

 

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Pour blâmer la vanité des raisonnements, prôner le retrait de la confrontation, la voix discrète du Zhuangzi  

 

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Les légistes (fin du 8e siècle av. J.-C., jusqu'à la fin de la période des Royaumes Combattants (3e siècle av. J.-C.) 

Pour un gouvernement fort, fondé sur des lois connues de tous et non sur la bonté des hommes. Doctrine de l'Etat, absolutisme 

4e siècle avant J.-C. Shang Yang 

Il faut toujours détruire ce que l'on a produit ; le pays qui s'est forgé une armée mais ne l'emploie pas se ruine lui-même. [...] Gouverner, c'est détruire : détruire les parasites, détruire ses propres forces, détruire l'ennemi 

 

Cette doctrine est destinée à connaître une considérable fortune 

 

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