Viñales, Cuba 16h45

selig-teloif

Le ciel est bas aujourd'hui. Une chaleur étouffante imprègne chaque pore, chaque pensée, chaque mouvement. Quelque part une porte qui grince vient briser le silence que l'été impose. Le ciel est bas et l'atmosphère aussi. Une moiteur délirante s'immisce entre chaque mot que l'homme prononce, le corps affalé sur une caisse de bois. Le cigare entre les lèvres, il regarde un cochon sale foulé la terre rouge du chemin d'en face. Il me raconte sa vie, avec son accent cubain, sa jeunesse communiste et ses luttes castristes. 

Il n'y a pas d'eau depuis hier. Rationnée. Pas d'électricité entre 21H30 et 22h00. Et Pablo me parle du Che. Là-bas entre Santiago et Guantanamo, revenu des morts. Je me laisse porter par cette sourde histoire de révolutionnaires, luttant contre l'impérialisme et le pouvoir des riches.

Au loin, le bus provenant de Pinar del Rio déverse une cohorte de touristes, venus toucher la poussière de la misère cubaine. Le rhum fait son effet. L'odeur du tabac fraîchement roulé me soulève le coeur. Le vieil homme me glorifie Fidel. Et pourtant j'entends la faim, la perte d'un fils dans l'océan et toujours cette poussière rouge collée à ses savates.

A la Havane, j'ai vu la place de la révolution. J'ai vu les murs tailladés du vieil Havane. Demain j'irai à Trinidad. Je pousserai sans doute jusque Santa Clara voir la tombe de l'ami de Pablo. Et raisonnera cette hymne au fond de mon cerveau.

Tu mano gloriosa y fuerte

Sobre la historia dispara

Cuando todo Santa Clara

Se despierta para verte

 

Aqui se queda la clara

La extranable transparencia

De tu querida presencia

Comandante Che Guevara

Je verrai dans les rues de Trinidad, ces enfants en uniforme rejoindre l'école, heureux d'apprendre à lire. J'écouterai ces hommes jouer des maracas et de la trompette, dans leur salon, heureux d'être entre amis. Je repenserai à Pablo, heureux d'avoir lutté. Et je me demanderai quel est le prix de la liberté.

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