Alea jacta est

Frédéric J. Duval

De : Odile

A : Marc

Date : 14.02.2011

Objet : Alea jacta est

Marc,

Je t’écris parce que je te vois partout. Je te vois dans ma boîte aux lettres, dans mes mails, dans mes S.M.S.  Et je me demande quand ? Quand donc vas-tu comprendre ?

Marc, je t’ai quitté. Tu es un homme libre. Tu es célibataire. Réjouis-toi, je suis partie.

Te rappelles-tu ce matin-là ? Je t’ai regardé, au réveil, ton visage nimbé de la lumière de l’aurore. Moi je me le rappelle comme si c’était hier, et crois-moi j’essaye de l’oublier. Tu dormais paisiblement, la tête sur mon oreiller. Tu semblais être si heureux sans moi que je n’ai plus eu cœur à t’imposer ma présence.
Quand tu t’es réveillé, j’étais en train de faire mes valises. Tu es venu m’embrasser en me demandant si j’allais quelque part. Comme tu es drôle Marc. Et comme tu es naïf. Si je vais quelque part ? Bien sûr que je vais quelque part. J’y vais de ce pas quelque part. Et j’y vais sans toi, quelque part.
Tu m’as préparé le petit-déjeuner, comme tu le fais tous les matins. Tu as déposé la rose rouge du mardi près de mon sac à main, comme tous les mardis. Pourquoi, diable, le mardi ? Les roses ne poussent-elles que le mardi ?
Je t’ai donné une adresse que j’avais notée sur le petit carnet de l’entrée. Je t’ai demandé si tu voulais bien faire suivre mon courrier à cette adresse. Tu m’as regardé amoureusement. Tu m’as souri, et tout semblait si parfait. Je me sentais heureuse. Heureuse pour toi. Te libérer de moi, n’était-ce pas le plus beau cadeau que je pouvais te faire ? Je ne m’attends pas à ce que tu me remercies, les hommes sont tellement égoïstes. Mais tu me fais tellement de peine à m’écrire sans cesse. Je t’ai offert une chance Marc, une vraie chance d’être heureux sans moi. Quel dommage que tu ne t’en rendes pas compte. Tu perds ton temps avec moi. Et du temps pour toi, je n’en ai plus à présent. Je ne reviendrai pas.
En partant, je t’ai dit « Marc, je m’en vais. Ne m’attends pas. » Tu m’as répondu « A ce soir ». J’ai déposé ma clef sur ton oreiller, ne l’as-tu pas trouvée ?
J’ai claqué la porte derrière moi. J’ai claqué la porte sur nous, et j’ai claqué la porte sur toi. Comprends-moi Marc. Laisse-toi une chance de réussir ta vie. Après ce que j’ai fait pour toi, tu me le dois. Ne gâche pas tout. J’ai été bonne avec toi. Ne me le fais pas regretter.
J’ai reçu tous les messages où tu me demandes « Est-ce que tu penses à moi ? » Moi, moi, moi. J’aimerais pouvoir ne plus penser à toi, mais comment veux-tu que j’y parvienne si tu me noies sous tes attentions, je croule sous tes messages Marc. Reprends-toi. J’essaye de te ménager, mais tu vas m’obliger à être cruelle alors que tu sais comme j’ai horreur de faire du mal aux gens. Je ne te croyais pas comme ça, mais Marc, tu me lasses, tu m’esquintes, tu me fatigues. Je n’en peux plus de tes baisers, de tes caresses, de tes câlins. Je t’ai trop vu et je ne veux plus te voir. Je ne veux plus avoir de tes nouvelles, je veux que tu m’oublies. Tu m’écris des tonnes de « Je t’aime », mais si tu m’aimais vraiment tu voudrais mon bonheur, tu ne chercherais pas à me conserver auprès de toi, quitte à me rendre malheureuse. Tu m’uses, tu m’étouffes, tu me bouffes. Ça fait 4 ans que tu me poursuis. Je ne t’aime plus et tu es train de détruire le peu d’affection qu’il me restait encore pour toi. A présent, il ne me reste plus que de la pitié. J’ai grandi Marc, je suis devenue une autre sous tes yeux. Toi, tu es resté le même. J’ai grandi plus vite que toi. Tu veux que je te dise la vérité Marc, tu es mon fardeau, ma croix, mon boulet. Oublie-moi. « Je pense à toi jour et nuit, tu me hantes, tu es la plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie». Non mais laisse-moi rire ! Mais je suis aussi la plus belle chose qui en soit sortie de ta vie.

Ne sois pas écœuré, ne sois pas amer.

Fais comme moi, prends du recul. Je ne garde pas de rancœur, ni de rancune. Je ne suis pas en colère. Je te souhaite d’être heureux. Tu ne le vois peut-être pas aujourd’hui, mais c’est mieux pour nous deux.  Fais-moi confiance.  Ce n’est vraiment pas la peine d’essayer de me contacter à nouveau Marc. Ceci est mon dernier message.

Ne t’en veux pas trop de m’avoir obligée à être claire. Je t’excuse, ne sois pas désolé.

Ceci est mon dernier baiser.

Odile.

 P. S. : Je te rends ta photo, et merci pour la bague.

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